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Suspiria (2018)
de Luca Guadagnino
publié le mercredi 14 novembre 2018

par Nicole Gabriel
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection de la Mostra de Venise 2018

Sortie le mercredi 14 novembre 2018

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Vivent les années 70 !
Après A Bigger Splash - version 2015 de La Piscine - (1), Luca Guadagnino s’attaque au giallo culte de son compatriote Dario Argento, Suspiria. (2)
Un remake ? Un hommage, plutôt, selon le cinéaste sicilien, à l’un des films l’ayant marqué dans son adolescence.

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Guadagnino suit dans les grandes lignes l’argument imaginé par le couple Dario Argento-Daria Nicolodi qui démarre avec l’arrivée d’une jeune Américaine en Allemagne où elle est venue assister aux cours de danse dans une académie où se déroulent des choses étranges...
Il reprend l’équipe gagnante de son précédent remake : le scénariste David Kajganich ainsi que les vedettes féminines Tilda Swinton et Dakota Johnson. Par là-même, il s’approprie le thème de départ, l’adapte à sa façon et l’historie de ses obsessions. Il estompe la palette flamboyante et altère la structure fantastique du film originel en ressuscitant d’autres mythes.

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Nous sommes en 1977, l’année de la sortie du film d’Argento, en pleine période punk, à Berlin, au cœur du conflit Est-Ouest, au moment de la bande à Baader. Du coup, Guadagnino convoque l’Allemagne de Deutschland im Herbst, le cinéma d’outre-Rhin en général, celui de Fassbinder en tête. Le Sicilien en adopte les tonalités picturales, sourdes et terreuses, le cite à plusieurs reprises et a engagé Ingrid Caven ainsi que Angela Winckler - la mère de Oskar dans Le Tambour (3) et l’héroïne de L’Honneur perdu de Katharina Blum (4) - pour y jouer des seconds rôles.

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Un vieux psychanalyste ayant pour patronyme... Klemperer lui permet de faire le lien avec le nazisme et le sentiment rétrospectif d’horreur qui hante depuis plusieurs décennies la cinématographie italienne. Le Berlin-Ouest de l’époque est estudiantin, frondeur, alternatif, pré-vert, si l’on peut dire, prêt à en découdre avec la maréchaussée. Tout naturellement, Nina Hagen pousse la chansonnette dans la B.O. L’école de danse est décrite comme un gynécée sectaire hybridant Città delle donne (5) et Jeunes filles en uniforme. (6)

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Plus que dans le premier (pour ne pas dire le vrai) Suspiria, la danse tient ici un rôle prééminent. Pour les scènes de ballet contemporain tendance Ausdruckstanz, (7) le metteur en scène a fait appel au chorégraphe Damien Jalet. Celui-ci pousse à bout les corps féminins, leur impose une gestuelle acrobatique jusqu’à l’épuisement, produit des mouvements choraux, des tableaux SM d’un univers cru et cruel.

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Dans une séquence dansée relevant de la messe noire, les corps sont nus, cela va de soi et Luca Guadagnino cite Salò, (8) préférant nous faire voyager dans l’histoire du cinéma plutôt que dans une expérience sensorielle.

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Ceci dit, il faut convenir que les années 70 berlinoises sont reconstituées avec soin et que la mise en scène est habile. Tilda Swinton est magnifique dans le double rôle qu’elle assure et Ingrid Caven tire avec esprit son épingle du jeu.

Nicole Gabriel
Jeune Cinéma en ligne directe

1. A Bigger Splash de Luca Guadagnino (2015) est un remake de La Piscine de Jacques Deray (1969).

2. Suspiria de Dario Argento (1977).

3. Le Tambour (Die Blechtrommel) de Volker Schlöndorff (1979).

4. L’Honneur perdu de Katharina Blum (Die verlorene Ehre der Katharina Blum oder : Wie Gewalt entstehen und wohin sie führen kann) de Volker Schlöndorff & Margarethe von Trotta (1975).

5. La Cité des femmes (La città delle donne) de Federico Fellini (1979).

6. Jeunes filles en uniforme (Mädchen in Uniform) de Leontine Sagan (1931). Remake de Géza von Radványi (1958).

7. "Ausdruckstanz", la danse de l’Expressionnisme allemand.

8. Salò ou les 120 Journées de Sodome (Salò o le 120 giornate di Sodoma) de Pier Paolo Pasolini (1975).

Suspiria. Réal : Luca Guadagnino ; sc : David Kajganich ; ph : Sayombhu Mukdeeprom ; mont : Walter Fasano ; mu : Thom Yorke. Int : Dakota Johnson, Tilda Swinton, Mia Goth, Lutz Ebersdorf, Jessica Harper, Angela Winckler, Ingrid Caven (Italie-USA, 2018, 152 mn).



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