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Amanda (2018)
de Mikhaël Hers
publié le mercredi 21 novembre 2018

par Claudine Castel
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection de la Mostra de Venise 2018

Sortie le mercredi 21 novembre 2018

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Le cinéma de Michaël Hers met en scène des jeunes gens au gré des "méandres de la vie" et de leurs déambulations dans leurs paysages urbains familiers. Les dialogues l’emportent sur la trame narrative ténue. La réalité se dérobe en contours flous, ellipses et non-dits. La fuite du temps, l’absence et le deuil affleurent en leitmotiv.

Au Montparnasse nocturne (1) succède la fin de l’été dans Memory Lane (2010) où un groupe d’amis se retrouve sur les lieux de leur enfance. Dans Ce sentiment de l’été (2), les beaux jours cristallisent l’impression de vide laissé par la mort subite d’une jeune graphiste à Berlin ; une tristesse, dans la tonalité du poème de Éluard, À peine défigurée, tisse des liens indéfectibles entre ses proches. Au cœur de son inspiration, les villes et les parcs, que le réalisateur a parcourus et qu’il réinvestit comme ses lieux de mémoire dans ses films. Sébastien Buchman en exprime la poésie par le cadrage et les variations de lumière.

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Amanda marque une inflexion dans son itinéraire, rattrapé par l’actualité. Le temps et l’espace parisiens sont scindés par un avant et un après attentat.

L’ombre des feuilles d’un platane danse sur le mur d’une école à l’heure de la sortie. Amanda attend son oncle David en retard. Quand il ne court pas accueillir des locataires pour le compte d’un propriétaire, il élague des arbres. Son centre de gravité et sa seule famille, c’est sa sœur, une mère célibataire vive, énergique (qui danse le rock avec Amanda sur Don’t Be Cruel). La gaieté insouciante, la douceur de l’air sont palpables quand ils discutent dans l’embrasure d’une fenêtre ouverte sur la rue de la Roquette, ou filent en vélo sur les avenues. Dans un beau plan nocturne de fenêtre sur cour, on devine la naissance du sentiment amoureux pour la voisine d’en face.

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L’attentat est décrit en deux séquences courtes baignées d’irréalité, comme si les images ne se frayaient pas un chemin vers le cerveau. Elles réveilleront des sentiments ambivalents d’effroi ou de rejet. Sidération du temps, David désemparé entraîne Amanda à marcher dans un Paris touristique indifférent ou frappé de stupeur.

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Hers dépeint les sentiments douloureux en touches délicates et nuancées de petits détails. Le garçon affolé, démuni, n’imaginait pas se lester de la responsabilité de devenir père. La petite fille murée dans le silence le déconcerte tout comme sa tante qui n’a pas eu d’enfants (belle apparition de Marianne Basler en femme solitaire). Quand elle pique une colère justifiée, il se retrouve penaud comme un gosse. Le voyage à Londres amorce leur adoption mutuelle.

À la finale de Wimbledon, Amanda en pleurs décrète : "Elvis has left the building" (2). On partage alors avec elle ce souvenir, ignoré de son oncle. Dans un double mouvement, elle noue le présent, ce qui se joue sur le court, et le passé ressurgi, quand sa mère lui expliquait le titre du livre de Dylan Jones. Elle a trouvé les mots bien à elle, imprévisibles, pour dire le chagrin qui taraude.

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L’émotion sur le mode de la légereté infuse le film porté par le duo Isaure Multrier, lumineuse, et Vincent Lacoste, remarquable, alors qu’il paraissait avoir été essoré dans ses rôles précédents. Hers s’y connaît en direction d’acteurs.

Claudine Castel
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Montparnasse (2009) est un court métrage.

2. Ce sentiment de l’été (2015).

3. Mot d’ordre pour disperser les fans des concerts de Presley.

Amanda. Réal : Mikhaël Hers ; sc : M.H. & Maud Hameline ; ph : Sébastien Buchmann ; mont : Marion Monnier ; mu : Anton Sanko. Int : Vincent Lacoste, Isaure Multrier, Stacy Martin, Ophélia Kolb, Marianne Basler, Jonathan Cohen, Greta Scacchi (France, 2018, 107 mn).



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