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Leto (2018)
de Kirill Serebrennikov
publié le mercredi 5 décembre 2018

par Nicole Gabriel
Jeune Cinéma n° 388-389, été 2018

Sélection officielle en compétition au Festival de Cannes 2018

Sortie le mercredi 5 décembre 2018

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Leto a été projeté en l’absence de son réalisateur, Kirill Serebrennikov, gardé au frais à Moscou par les autorités.

Il s’agit d’un biopic en noir et blanc consacré à deux auteurs-chanteurs de rock de Leningrad à l’époque de la perestroïka, Mike Nomenko et Viktor Tsoï.
Le premier est un des pionniers de la pop soviétique au tournant des années 80, fondateur du groupe Zoopark, inspiré essentiellement par Bob Dylan, Lou Reed et Iggy Pop, traduits en russe et adaptés à sa façon.
Le second, d’origine coréenne par son père, était plus sensible aux groupes New Wave britanniques type The Cure.
Tous deux sont morts au début des années 90, Nomenko d’une hémorragie cérébrale, Tsoï d’un accident de la circulation.

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Paradoxalement, l’intérêt du film n’est pas musical. Les morceaux s’enchaînent de manière un peu monotone. En revanche, la peinture de la bohème de l’époque et de la scène de Leningrad nous a paru tout à fait réussie. La notion d’underground y est relativisée, puisque la sélection et la programmation musicale sont effectuées par les responsables politiques locaux chargés de la jeunesse.

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Ils analysent avec attention les textes, jaugent l’apparence et le comportement ainsi que la dangerosité potentielle des artistes avant de leur permettre de se produire dans un théâtre délabré, plus salle des fêtes que salle de spectacles, où les resquilleurs accèdent par l’arrière-cour ou par les fenêtres. Le public, enthousiaste et discipliné, assiste au concert sans rien casser. Le rock, s’il est loin d’être encouragé, est toléré et canalisé.

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Mais hors ces murs, il est toujours considéré comme expression étrangère au pays. La partie amourette du trio formé par Mike, sa jolie épouse et Viktor nous touche sans doute moins que la description du courant musical et du mouvement de la jeunesse du temps. Des clips vidéo expérimentaux en hommage aux précurseurs du rock des années 60 à 80 ponctuent le récit, avec force effets graphiques et interventions directes sur la pellicule (à la manière des films de Len Lye). Ils suspendent la narration en cours et apportent, littéralement, une touche de couleur au film.

Nicole Gabriel
Jeune Cinéma n° 388-389, été 2018

Leto. Réal, sc, mont : Kirill Serebrennikov ; sc : Michael Idov, Lily Idova ; ph : Vladislac Opelyants. Int : Roman Blyk, Teo Yoo, Irina Starshenbaum, Filipp Avdeev (Russie-France, 2018, 126 mn).



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