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Pig (2018)
de Mani Haghighi
publié le mercredi 5 décembre 2018

par Nicole Gabriel
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection officielle de la Berlinale 2018

Sortie le mercredi 5 décembre 2018

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En 2018, après la campagne #Balance ton porc (1), le titre accroche, s’agissant d’un film provenant de la République islamique d’Iran où cet animal est impur et sa consommation interdite. Pig de Mani Haghghi - en farsi - participe du genre qui s’exporte le mieux au prétexte qu’il aborde la question de la censure au pays qui fut jadis celui des mille et une nuits - un corpus qui réunit des auteurs comme Abbas Kiarostami, Ashgar Fahradi, Jaffar Panahi, etc.

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Le thème est ici transposé dans un thriller rocambolesque d’un ton nouveau, celui de la black comedy ou de l’humour noir. Nous sommes à Téhéran. Le personnage principal, une fois de plus, est un cinéaste ayant perdu pour un temps indéterminé le droit d’exercer son métier.

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Il se trouve, pour corser le tout, qu’un serial killer menace la profession en en éliminant les membres, les uns après les autres, sans fournir de raison valable, suppôts du régime et détracteurs confondus. Il décapite ses victimes et inscrit avec leur sang "pig" sur leur front, suivant le modus operandi sataniste de la bande à Charles Manson (2) et des vidéos choc de justiciers particulièrement allumés. On oscille entre le burlesque et le film d’horreur. Quand est annoncé à la télévision l’assassinat de... Mani Haghighi, l’auteur du film auquel nous assistons, le vertige autoréférentiel prend l’allure d’un Hellzapoppin’ grandguignolesque.

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Les gens de cinéma passent dès lors leur temps à se rendre aux enterrements, trop heureux que ce ne soit pas le leur, n’ayant en tête que la réalisation de leur prochain projet. La muse et maîtresse du protagoniste, jouée par Leila Hattami, (3) est prête elle aussi à tout pour continuer à tourner, y compris dans une production concurrente, au grand dam de son réalisateur attitré. Le héros en question est le dindon de la farce, n’étant plus dans le coup. Il s’avère vaniteux, hyperactif, égomane, infantile, fan d’AC/DC et de... Black Sabbath. Le film prend la forme d’un délire paranoïaque sans cesse alimenté par la réalité.

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La référence à Kafka s’impose, mais aussi à Fellini et à des cinéastes tchèques du printemps de Prague - cf. le rôle machiavélique des services secrets dans ce récit. La société de surveillance inclut l’usage actuel, y compris, semble-t-il, en Iran, des réseaux sociaux. Le travail du directeur de la photographie Mahmoud Kalari restitue admirablement cette fantasmagorie.

Nicole Gabriel
Jeune Cinéma en ligne directe

1. À la suite de l’Affaire Weinstein, suite des révélations du New York Times le 5 octobre 2017, #Balancetonporc est une campagne féministe française, engagée sur le réseau social Twitter, le 13 octobre 2017, sur le modèle de #Metoo mis en place dès 2007. Harvey Weinstein, producteur tout puissant, était surnommé "le porc". Pour resituer l’ensemble dans l’histoire féministe, rappelons que l’Affaire Dominique Strauss-Kahn date de 2011.

2. Charles Manson (1934-2017) et sa "communauté" ont commis une série d’assassinats dans la région de Los Angeles, notamment celui de l’actrice Sharon Tate, femme de Roman Polanski en 1971.

3. Leila Hattami est la vedette de Une séparation (Djodāï-yé Nāder az Simin) de Asghar Farhadi (2011).

Pig (Khook). Réal, sc : Mani Haghighi ; ph : Mahmoud kalari ; mont : Meysam Molaei ; mu : Peyman Yazdanian. Int : Hasan Majuni, Leila Hatami, Leili Rashidi, Parinaz Izadyar, Ali Mosaffa (Iran, 2018, 107 mn).



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