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Un violent désir de bonheur (2018)
de Clément Schneider
publié le mercredi 26 décembre 2018

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection ACID au Festival de Cannes 2018

Sortie le mercredi 26 décembre 2018

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Après l’école Louis-Lumière et la Fémis, Clément Schneider a signé quelques films, notamment Études pour un paysage amoureux qui l’avait révélé en 2013.
C’était peut-être le brouillon de ce nouveau film qui entre de plain-pied dans l’utopie (u-topos au sens premier du terme, autrement dit un lieu qui n’existe pas et pourtant…), sujet de la thèse qu’il prépare sur les relations entre celle-ci et le cinéma.
Il nous propose une nouvelle lecture de la Révolution française qui pourrait être séduisante.

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Porté par le très beau Quentin Dolmaire, le film commence bien, puis se perd lentement. On a sans cesse l’impression que le réalisateur a peur de malmener qui que ce soit et, du coup, les soldats révolutionnaires ne sont pas si violents que ça - sauf deux qui se sont laissés emporter et ont coupé la tête d’un baron - , les moines sont loin d’être ceux de Tibérine, et Marianne (Grace Seri) est noire, ce qui ne déplaira pas à ceux qui défendent les migrants et les sans-papiers.
Alors, Un violent désir de bonheur est-il un énième film consensuel ?
On peut le penser et c’est ce qui lui fait perdre en route le sel de la provocation que nous promettait le sujet.

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En 1792, en pleine Révolution, des soldats réquisitionnent un couvent où vit le jeune moine Gabriel qui, peu à peu, va changer de cap et s’engager comme soldat sous le nom de François. Sans jeter totalement son missel aux orties, il s’adonnera aux plaisirs de la chair auprès de Marianne, esclave mutique qu’on suppose affranchie.

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On voit où Clément Schneider est allé puiser ses idées - une pincée chez Sade, une autre chez Rousseau, le reste dans la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen. Ce qui ne fait pas de mal, certes, mais ne garantit pas un bon film. On sent celui-ci pétri de bons sentiments. Et filmer une jeune Noire faisant l’amour dans un pré avec un séraphin à la blancheur de nacre, ça crée une sorte de jolie figure du yin et du yang, mais ce n’est qu’un effet visuel.

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On perçoit les influences - Rohmer parfois, Godard peut-être, à cause les citations incises. Mais il y a une naïveté certaine à choisir des prénoms de personnages aussi connotés que Gabriel (l’archange), François (d’Assise ?) à la jeunesse dissipée mais avec une foi inébranlable, et Marianne, qu’on ne présente plus.
Quitte à faire un film sur le bonheur, il eût fallu plonger carrément dans l’hédonisme, et ne pas rester à la lisière du désir.

Il y a cependant une patte chez le jeune réalisateur ; il ne lui manque plus qu’un style pour réussir un vrai film d’amour, avec ou sans Marianne Faithful ou Patti Smith en fond sonore, mais avec son cœur car, "seul l’amour est véritablement révolutionnaire."

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe

Un violent désir de bonheur. Réal, sc : Clément Schneider ; sc : Chloé Chevalier ; ph : Manuel Bolaños ; mont : Anna Brunstein ; mu : Joaquim Pavy ; int : Quentin Dolmaire, Grace Seri, Franc Bruneau, Vincent Cardona (France, 2018, 75 mn).



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