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Capri-Revolution (2018)
de Mario Martone
publié le dimanche 20 janvier 2019

par Bernard Nave
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection de la Mostra de Venise 2018

Sortie le mercredi 16 janvier 2019

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Imaginez un film de Mario Martone (pas n’importe qui tout de même), sélectionné à Venise en 2018, coproduit par Pathé. Et saboté par le même Pathé, montré, sans la moindre publicité, dans une seule salle dans toute la région parisienne, avec deux séances par jour (10h25 et 13h !). Résultat : nous étions deux spectateurs jeudi 17 janvier 2019 à 13h. (1)
La presse de son côté a fait preuve d’un zèle remarquable, soit pour ignorer totalement le film (bravo Libé, bravo Télérama), soit pour l’enfoncer, comme le fait Le Monde qui le classe dans les films "On peut éviter".

On peut légitimement penser que Capri-Revolution n’est pas le film le plus abouti de Martone, mais il faut vraiment faire preuve de faiblesse intellectuelle et affective pour ne pas y trouver de multiples sources d’intérêt.
Dans toute son œuvre, déjà substantielle, le réalisateur de Leopardi (2) nous a habitués à voir dans ses films "historiques" une manière très aboutie d’explorer le passé, avec, en ligne de mire, les grandes questions du présent. C’est ce qui en fait un cinéaste qui s’émancipe des débats souvent oiseux sur la modernité. Capri-Revolution est résolument moderne dans le sens où le scénario puise dans des faits réels peu connus.

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À la veille de la Première Guerre mondiale, un groupe de jeunes de différents pays expérimentent, en marge de la société traditionnelle pastorale, sous la houlette d’un peintre allemand (3), une vie en commune comme on a pu en voir dans les années 70. Nudisme, alimentation végétarienne, médecine douce, danse face au soleil. Ils ont investi des maisons en ruines sur les hauteurs de l’île, les ont retapées de manière douce. Les enfants vivent entre eux et s’adonnent à la musique.

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Lucia, une jeune gardienne de chèvres (Maria Fontana) découvre par hasard leur présence sur un promontoire dominant les eaux transparentes de la mer. Dès lors, elle ne peut plus accepter la vie limitée qui lui est promise, surtout lorsqu’on veut la marier, après la mort de son père, à un commerçant local. Cette découverte d’un monde tellement différent du sien lui ouvre littéralement les yeux. Elle apprend à lire, à se dévêtir et libérer son corps.

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Sur l’île, des réfugiés russes se retrouvent et préparent la révolution.
Un jeune médecin aux idées progressistes arrive pour soigner gratuitement les habitants.

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Autour de Lucia, les points de vue du médecin et du guide de la commune s’affrontent, pendant que parviennent les échos de la guerre. Les deux frères de Lucia vont partir, le médecin lui aussi s’engage au nom de ses convictions socialistes. La communauté se disloque. Il ne reste plus pour Lucia que son rêve d’Amérique.

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Martone aborde cette mutation de l’île et des personnages avec une grande délicatesse, non pas armé de grands principes politiques, mais avec le désir de confronter des idées, des modes de vie, des sensibilités qui forcément trouvent un écho pour nous spectateurs, un siècle plus tard - sans toutefois forcer sur de possibles parallèles.

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Il aborde cette réalité historique avec la juste distance, celle d’une caméra qui cadre large très souvent, qui inscrit les personnages dans leur décor. Et le choix d’une musique contemporaine, contrebalance la beauté des paysages.
Enfin, on reste subjugué par la découverte d’une actrice lumineuse, Marianna Fontana dans le rôle de Lucia.

Bernard Nave
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Capri-Revolution complète ce que Mario Martone considère comme une trilogie, constitué par Frères d’Italie (Noi credevamo) (2010) et Leopardi. Il giovane favoloso (2014). À la Mostra de Venise 2018, le film était sélectionné en compétition pour le Lion d’or, il a reçu cinq autres prix.

2. Leopardi (Il giovane favoloso) de Mario Martone (2014). Cf. aussi Entretien avec Andrée Tournès, in Jeune Cinéma n° 254 de mars 1999, qui lui consacre un dossier couvrant la première partie de sa filmographie, dont son premier film, Mort d’un mathématicien napolitain (Morte di un matematico napoletano) (1992), Prix du jury de la Mostra de Venise 1992.

3. Martone fait explicitement référence à la commune créée à Capri, au début du 20e siècle, par le peintre symboliste Karl Diefenbach (1851-1913) pacifiste et pionnier du naturisme. Cette commune faisait suite à celle de Himmelhof, près de Vienne (1897-1899), avec pour homologue celle de Monte Verità à Locarno.
Diefenbach a un musée à Certosa di San Giacomo à Capri depuis1974.

Capri-Revolution aka Capri Batterie. Réal : Mario Martone ; sc : Mario Martone, Ippolita di Majo ; ph : Michele d’Attanasio ; mont : Natalie Cristiani, Jacopo Quadri ; mu : Sascha Ring, Philipp Thimm. Int : Marianna Fontana, Reinout Scholten van Aschat, Antonio Folletto, Gianluca di Gennaro (Italie-France, 2018, 117 mn).



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