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Tout ce qu’il me reste de la révolution (2018)
de Judith Davis
publié le mercredi 6 février 2019

par Sol O’Brien
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 6 février 2018

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Il y des généalaogies plus pénibles à vivre que d’autres. Être enfant de soixante-huitards, c’est une sacrée galère.

Non seulement on hérite d’un temps pourri - et ça va pas s’arranger à voir la météo - alors que les parents ont passé leur temps à jubiler sous le soleil exactement - ah l’heureux temps de la bronzette innocente !

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Mais encore il faut soit se taper leurs nostalgies déprimées d’anciens combattants chevrotants (quand ils sont pas dogmatiques), soit assumer leurs trahisons éclatantes (et il y a pas de quoi être fier de mépriser papamaman). La troisième catégorie de "croulants" (comme on disait au début des années 60), c’est les vaincus et les soumis, les vieux quoi, c’est pas les pires mais c’est les plus fatigants. Alors même qu’on continue à se demander si c’était bien une révolution, il y a 50 ans.

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La solution, ce serait de les planter là, les ancêtres, et de vivre sa vie, ailleurs, mais c’est duraille quand on est au chômdu. Alors on compose, on négocie, et on flippe pas mal.

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"Être né trop tard dans un monde trop vieux", c’est pas la première génération à qui ça arrive. Mais jusqu’à présent, la mélancolie romantique post-révolution ratée finissait par trouver des remèdes, au moins localement, poétiques par exemple. Là, aujourd’hui, ici, maintenant, nulle échappée, on cherche, on trouve pas, on patauge dans la conscience malheureuse. Même les voyages, pourtant devenus faciles, manquent de destinations, dans la grande déprime planétaire.

Pour se consoler, on peut taguer, deci delà, au moins ça soulage sur le moment, et ça fait rire. C’est ce que fait Angèle (Judith Davis), sur les distributeurs automatiques par exemple.

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Mais ça ne suffit pas à écluser son élan vital tricoté avec infiniment de colère.
Alors, comme ses ascendants autrefois, elle essaye une recette - qui n’a pas toujours fait ses preuves, ou qui a souvent fait long feu, mais qui a le mérite d’exister : elle invente un collectif d’expression orale. C’est tout bête, mais c’est bon de constater que le langage, ça peut faire tant de bien.

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Et puis l’amour va finir par lui arriver, à Angèle - avec Said (Malik Zidi) qui va dénouer, au moins, sa crise à elle. Et lui donner l’occasion de dire, librement, la même chose que ses géniteurs, mais autrement, dans une langue pas encore de bois, une langue à elle.

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Angèle, dans le film, tout en pointes et en timidité agressive, est aussi facile à apprivoiser qu’un oursin. Judith Davis, "à la ville", est une théâtreuse de bonne race qui croit au rire et au langage. (1) Elle a déjà, à son actif, un longue filmographie (2). Quel plaisir aussi de revoir Mireille Perrier, qui, avec son sourire mouillé, est toujours aussi lumineuse.

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Tous appartiennent à cette bande d’irréductibles qui font chaud au cœur, héritiers qui n’ont pas déserté, bien que sachant désormais, mieux que personne avant eux, que les dès sont pipés et que les pièces au dossier sont en cours de métamorphoses périlleuses, sans alternative.

Ce qui reste de la révolution ? La parole.
Donc le théâtre.
Quand toutes les machines auront disjoncté, c’est ça qui restera aux survivants.

Sol O’Brien
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Judith Davis est la fille de Yvon Davis, metteur en scène et collaborateur, dans les années 1965-1980, de Bernard Sobel, au théâtre de Gennevilliers. En 2008, elle a cofondé la troupe L’Avantage du doute. Le film est le prolongement d’un des spectacles de la troupe : Tout ce qu’il nous reste de la révolution, c’est Simon (2009).

2. On se souvient par exemple d’elle dans la magnifique série Les Vivants et les morts de Gérard Mordillat (2010).

Tout ce qu’il me reste de la révolution. Réal : Judith Davis ; sc : J.D. & Cécile Vargaftig adapté de la pièce de théâtre créée par le collectif L’avantage du doute ; ph : Émilie Noblet ; mont : Clémence Carré ; mu : Boris Boublil & Julien Ome ; cost : Marta Rossi . Int : Judith Davis, Malik Zidi, Mireille Perrier, Claire Dumas, Simon Bakhouche, Mélanie Bestel, Nadir Legrand, Samira Sedira, Émilie Caen, Jean-Claude Leguay, Samir Guesmi (France, 2018, 88 mn).



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