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Drapeaux de papier (les) (2018)
de Nathan Ambrosioni
publié le mercredi 13 février 2019

par Laetitia Kulyk
Jeune Cinéma n° 392-393, février 2019

Sortie le mercredi 13 février 2019

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Bonne surprise que ce premier film "officiel" du tout jeune Nathan Ambrosioni ("officiel" au sens où le réalisateur avait déjà réalisé deux films d’horreur "amateur" : Hostile en 2014 et Therapy en 2016).
Sous des abords peu engageants - l’histoire d’un frère trentenaire, Vincent (Guillaume Gouix), qui vient de passer douze ans en prison et surgit dans la vie de sa jeune sœur Charlie (Noémie Merlant) qu’il a à peine connue - le film est cependant convaincant, touchant et témoigne d’une véritable maîtrise de la direction d’acteurs et de la mise en scène.

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Le film aurait pu verser dans l’excès de sentimentalisme, frôler le crédible, s’engager dans des travers et des déjà-vus, mais il n’en est rien. Le scénario est fluide, les émotions et situations sensées et justes et l’on compatit à la douleur de ce fils rejeté en marge de la société et qui tente de se réhabiliter.

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Le réalisateur réussit habilement à inverser les rôles et à nous placer du côté du frère, point de vue rare, tant on a l’habitude de marquer les personnes incarcérées du sceau de la culpabilité et de la non-rédemption : Charlie accueille Vincent froidement et dort dans un premier temps avec une bombe lacrymogène sous son matelas, manifestant l’angoisse que représente la présence inattendue de ce frère ex-taulard dans sa vie.

Sous l’image de dur qu’il s’est forgé, Vincent cherche pourtant un équilibre, une cellule familiale ; il compose avec ce qu’il a pu apprendre de la vie, sous les barreaux, et fait plutôt figure d’oiseau effarouché au milieu d’une société dont il a perdu les codes et les repères.

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Le scénario recèle des dialogues frappants de justesse, comme lorsque Vincent dit à sa sœur "Tu crois qu’on m’a appris en prison comment il fallait faire pour ressembler à quelqu’un de normal ?".

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Sous des formules anodines et pourtant évidentes, Ambrosioni dévoile la faiblesse d’un système qui peine à réinsérer les détenus, l’inadéquation entre les êtres et le monde environnant et la force de caractère et la conviction dont il faut faire preuve pour pouvoir se réinsérer.

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Pour Vincent, la sortie de prison constitue un travail d’éducation aux codes de la vie, dans lequel sa sœur le guide. Il nous amène à réfléchir à l’ordre social dans lequel chaque individu est supposé s’inscrire et être en phase.

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La caméra fixe les personnages dans des espaces confinés - la maison, le supermarché, le bar - et ne laisse entrevoir le ciel que lors de rares moments de répit - à la pépinière où Vincent déniche un travail, ou lors de cette excursion en bord de mer, moment précieux pour le frère et la sœur qui ne peuvent habituellement s’offrir un tel luxe.

Scénario écrit à 16 ans, film réalisé à 18 : Nathan Ambrosioni est un réalisateur que l’on aura plaisir et intérêt à suivre dans le futur !

Laetitia Kulyk
Jeune Cinéma n° 392-393, février 2019


Les Drapeaux de papier. Réal, sc, mont : Nathan Ambrosioni ; ph : Raphaël Vandenbussche. Int : Guillaume Gouix, Noémie Merlant, Sébastien Houbani, Anne Loiret, Jérôme Kircher (France, 2018, 103 mn).



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