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Semaine télé du 23 février au 1er mars 2019
publié le samedi 23 février 2019

Jeune Cinéma en ligne directe

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Bruno Ganz (1941-2019) dans Les Ailes du désir (Der Himmel über Berlin) de Wim Wenders (1987).

On continue à être sélectif : que du neuf, du rare, de l’inédit.
Et bien peu de titres au programme...
C’est ainsi.

Humeurs de Lucien Logette


 

Samedi 23 février 2019

 

20.40 : De plus belle d’Anne-Gaëlle Daval (2017), OCS Max
L’inédit français du jour, premier (et unique pour l’instant) film de la costumière de la série Kamaalot.
Romance sur un sujet casse-gueule - comment se sentir de nouveau capable de vivre une histoire d’amour après un cancer du sein -, entre mélo et dossier sur la reconstruction de soi. Le film s’en sort par sa simplicité et son ambition mesurée, non démonstrative. Florence Foresti est, pour une fois, servie par un vrai personnage, et les autres, Matthieu Kassovitz, Nicole Garcia, Olivia Bonamy, sont au diapason de la petite musique recherchée et trouvée.

20.45 : Wonder Boys de Curtis Hanson (2000), TCM
Inédit sur le câble. Hanson, on a un peu de difficultés à le classer "auteur", tant il change de manière à chaque film : quoi de commun entre La Main sur le berceau (1992), L.A. Confidential (1997) et 8 Mile (2002), sinon leur efficacité et le plaisir éprouvé à leur vision ?
Ici, il échappe au genre, sinon à celui de "l’universitaire écrivain confronté à la panne d’inspiration et à l’effondrement domestique", plutôt un sous-genre. Atouts : Michael Douglas est dans la peau du rôle, Toby Maguire est tout à fait inquiétant en étudiant mythomane (et Frances McDormand étonnante en présidente de fac). La chanson de Dylan du générique, "Things Have Changed", a obtenu un Oscar (pendant plusieurs années, Bob a posé la statuette sur son piano pendant les concerts).
Question : pourquoi Steve Kloves, après l’excellent Susie and the Baker Boys (1989), a-t-il dû se réduire à n’écrire que pour les autres (avec succès cependant : tous les Harry Potter, Wonder Boys et Les Animaux fantastiques) ?

20.50 : La Peau douce de François Truffaut (1964), Classic
Un Truffaut rare - il ne passe sur le câble que depuis une semaine, sans qu’on l’ait souligné (on le croyait plus connu). La Nouvelle Vague était déjà défunte et l’auteur, après Tirez sur le pianiste, qui demeure son meilleur film, versait dans le drame bourgeois (l’adultère classique filmé classiquement), celui-là même qu’il reprochait à ses prédécesseurs de pratiquer. La Peau douce aurait pu être tourné par Denys de La Patellière. Mais il y a Françoise Dorléac, qui permet de revoir ça sans s’ennuyer.

00.30 : La Lune était bleue d’Otto Preminger (1953), TCM
Peut-être le film a-t-il été programmé déjà le matin, lors de l’intégrale Preminger réservé aux spectateurs diurnes. En tout cas, c’est un des moins connus du cinéaste, sinon par sa réputation sulfureuse, due à ses ennuis avec la censure américaine. En réalité, il lui était seulement reproché d’employer des mots orduriers, comme "vierge professionnelle". La comédie ne renie pas la pièce originelle : tout se passe dans l’appartement de William Holden. L’héroïne, Maggie McNamara, était inconnue ; malgré son abattage, elle l’est restée, ne tournant qu’une poignée de films ensuite.

 

Dimanche 24 février 2019

 

20.40 : Soirée Luca Guadagnino, OCS City
On a découvert le réalisateur à Annecy, au bon vieux temps des Rencontres du cinéma italien, canal historique. Après Io sono l’amore (2009), où Tilda Swinton était éblouissante, il a tourné deux coproductions, que la chaîne présente dans l’ordre inverse de leur fabrication. D’abord Call Me by Your Name (2017), simple histoire d’amour homosexuel dont la banalité est transcendée par la justesse, suivi à 22.50 par A Bigger Splash (2015), qui n’est pas le remake du film homonyme de Jack Hazan (1973), hommage à David Hockney, mais celui de La Piscine de Jacques Deray, ce qui est moins aventureux. Tilda Swinton de nouveau, avec Ralph Fiennes et Matthias Schoenaert, que du beau monde. C’est de la belle ouvrage, mais on regrette un peu la fraîcheur de ses premiers films, (I protagonisti (1999) par exemple, déjà avec Swinton.

20.50 : Barfly de Barbet Schroeder (1987), Club
Peut-être le seul Schoeder inédit sur le câble. L’univers de Charles Bukowski (à la mode dans les années 80, lorsqu’il urinait en direct sur le plateau d’Apostrophes, mais le lit-on encore ?) n’était pas aisément adaptable, comme Ferreri s’en est rendu compte avec les Contes de la folie ordinaire : il s’agissait d’un univers littéraire ; visuellement, ce sont les poncifs (l’ivrognerie, l’impuissance) qui triomphaient. Mickey Rourke n’a pas eu à se forcer trop pour entrer dans le moule et Faye Dunaway non plus. Leur duo fait passer tout ce qui n’aurait pu être que clichés.

 

Lundi 25 février 2019

 

20.50 : Mon frère est fils unique de Daniele Luchetti (2007), Club
Encore un réalisateur découvert à Annecy, avec Domani accadra (1988).
Même s’il est peu connu par chez nous, Luchetti a ramassé maints David di Donatello (le César italien) pour son film déjà cité, pour Le Porteur de serviette (1991, produit et interprété par Moretti), pour le film de ce soir et pour La nostra vita (2010, en compétition à Cannes). Ici, le duel entre les deux frères, Riccardo Scamarcio et Elio Germano, tous deux excellents (une petite avance pour le second) se déroule dans un contexte social et politique bien détaillé. Et Luchetti utilise au mieux ses actrices, Angela Finocchiaro, Anna Bonaiuto et Alba Rohrwacher.

20.50 : Marthe Richard, espionne au service de la France de Raymond Bernard (1937), Classic
Ce n’est pas un véritable inédit, mais il n’est pas passé depuis trois ans et il s’agit d’un film fort intéressant, puisque c’est à partir de là que le mythe s’est fabriqué.
Une biographie bidouillée, des activités d’espionnage non vérifiées, une belle audace pour assumer un personnage inventé. Le fake a gagné, puisque Marthe en a remis une couche sous l’Occupation, est devenue députée et s’est assurée une réputation de bien-pensance en faisant fermer les "maisons". C’est sans doute la seule de ses actions qui ait marqué l’Histoire. Le film est un bel exemple de qualité française des années 30, Edwige Feuillère étant faite pour le rôle. Et Stroheim (bientôt une rétrospective à la Cinémathèque) est un méchant Boche, comme il savait si bien le faire.

22.35 : Boeing Boeing de John Rich (1965), Paramount Channel
La question que chacun se posait, lors de la sortie : que Jerry Lewis est-il allé faire dans cette galère ? (On se la posera également au moment de Par où t’es rentré ? On t’a pas vu sortir de Philippe Clair (1984). En 1965, Jerry avait déjà réalisé six films dont trois chefs-d’œuvre. Alors, pourquoi ce vaudeville de Marc Camoletti ? Parce que la pièce était le plus grand succès mondial (elle aurait été jouée dix mille fois…) ? Parce qu’il fallait récupérer un peu d’argent pour ses futures productions ? Le film n’est d’ailleurs pas honteux - Tony Curtis, Dany Saval et Thelma Ritter font le boulot. Peut-être même a-t-il pris, cinquante-quatre ans après, une patine insoupçonnée ?

 

Mardi 26 février 2019

 

20.50 : Ted de Seth MacFarlane (2012), Émotion
Ted n’est pas Marc Wahlberg, le héros du film, mais son ours en peluche (teddy bear), qui, doué de vie par la magie d’un vœu de Noël, n’a pas quitté son maître depuis vingt-sept ans, buvant des coups avec lui en regardant Flash Gordon à la télé.
On peut imaginer que la vie amoureuse de Wahlberg est compliquée et que Mila Kunis, sa compagne, va chercher à séparer les inséparables. Soit on trouve ça parfaitement niais et on va regarder Rambo sur la chaîne voisine, soit on se prête au jeu et on savoure la drôlerie et l’intelligence de l’ensemble. On ne connaît rien d’autre de MacFarlane, célèbre par des séries – on n’a même pas vu son Ted 2 (2015).

00.30 : L’Arnaqueuse de Peter Hall (1970), TCM
Comment ce Perfect Friday nous a-t-il échappé, alors que ses trois acteurs principaux, Ursula Andress, Stanley Baker et David Warner, faisaient alors partie de nos préférés ? On n’a vu aucun des cinq autres titres de Peter Hall et c’est certainement dommage : Le Songe d’une nuit d’été (1968), avec David Warner, Diana Rigg (la Emma Peel de Chapeau melon et bottes de cuir) et Helen Mirren dans son premier rôle doit être intéressant.

 

Mercredi 27 février 2019

 

20.50 : Django d’Étienne Comar (2017), Club
Non, ce n’est pas celui de Sergio Corbucci, ni celui de Takashi Miike. C’est le vrai, notre Django Reinhardt, guitariste génial, le premier à faire d’un instrument peu mis en valeur et réduit à meubler la section rythmique, l’élément principal d’un orchestre de jazz.
Pas facile de trouver un acteur crédible pour l’incarner, d’autant que les fans (il en reste) l’attendaient en embuscade. Mais Reda Kateb était un bon choix. Le film n’est pas un biopic, mais montre le moment où Django cherche à échapper à la tournée en Allemagne que les autorités nazies veulent organiser. Moment où le musicien pas très concerné découvre que les gitans et tziganes ne sont pas vraiment chouchoutés par les occupants. La musique est assurée par le groupe Rosenberg, c’est du jazz manouche garanti, et Christophe Lartilleux, qui double Kateb, est impeccable.

22.20 : Miss Potter de Chris Noonan (2006), OCS Max
On peut l’avouer : la présence de Renée Zellweger, dans le rôle principal, nous avait retiré toute envie de voir ce film. Bridget Jones, à la rigueur, mais Beatrix Potter… Si l’on a décidé de le rattraper, c’est parce que Ewan McGregor et Emily Watson sont au générique.

22.50 : Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau (2011), OCS City
Ce soir, c’est l’aventure : la découverte de Falardeau a été tardive, on a commencé par Guibord s’en va-t-en guerre (2015), après avoir négligé La Moitié gauche du frigo (2000) et Congorama (2006). On est prêt à embarquer aux côtés de Fellag, instituteur algérien réfugié à Montréal. Si le film a décroché sept Jutra (le César québécois), il doit bien le mériter. Pour les amateurs d’exotisme : le film a eu le grand prix Hydro-Québec au Festival international en Abitibi-Témiscamingue.

 

Jeudi 28 février 2019

 

20.50 : Corporate de Nicolas Silhol (2017), Premier
Premier film. L’univers impitoyable des entreprises multinationales, en l’occurrence un groupe agro-alimentaire, et leurs méthodes d’esclavage interne. On avait quitté Céline Sallette en égérie du lumpen chez Tony Gatlif, dans Géronimo (2014), en professeur de langue des signes chez Emmanuel Courcol, dans Cessez le feu (2017), on la retrouve en DRH complice - et victime - du système, preuve qu’elle peut tout interpréter.

22.25 : Dark Touch de Marina De Van (2013), OCS Choc
La cinéaste est partie tourner en Irlande ce qui demeure actuellement son dernier film. S’il est beaucoup plus "classique" (poltergeist et télékinésie au programme) que les précédents, tous marqués par l’Ange du bizarre, il est tout aussi tordu et inquiétant. On s’est extasié, avec quelque raison, sur Grave de Julia Ducournau (2016), mais MDV a pour l’instant été bien plus loin dans le peu supportable.

22.45 : Marion de HPG (2017), Club
Hervé-Pierre Gustave est un acteur-réalisateur de porno hard, activité qu’il exerce depuis vingt-cinq ans. Sa réputation a dépassé les limites de la spécialité et il profite d’un respect assez étrange auprès de la critique qui fait les modes, cf. ses sélections à la Quinzaine : On ne devrait pas exister (2006) ou à Locarno : Fils de (2014). Pour qui n’a jamais rien vu de lui, autant commencer par ce dernier film, qui n’est pas le pire.

01.45 : Cherry 2000 de Steve De Jarnatt (1987), TCM
Pas inédit, car programmé le 14 juillet 2008, à une heure où tout le monde dansait sur les places des villages. On le signalait comme un film inconnu. Il ne l’est plus et vaut une vision, si l’on a les yeux encore ouverts : les androïdes des années 80 n’ont pas le même accomplissement qu’aujourd’hui (cf. le récent Alita, Battle Royal, époustouflant), et la SF apocalyptique était alors une perspective lointaine. Mais cette course à la pièce détachée pour robot conjugal tient la distance temporelle.

 

Vendredi 1er mars 2019

 

20.40 : Treme, saison 1, OCS City
La série est certes passée en 2017 (mais en plein mois de juillet). Mais, comme Captain Fantastic, elle fait partie du petit nombre de films qu’on ne se lasse pas de revoir. Impossible de résister à son générique, un des plus extraordinaires que l’on connaisse, et à sa galerie de personnages, violoniste de rue, avocate, cuisinière, trompettiste ou fabricants de costumes de carnaval. Tous font désormais partie de la famille.

20.50 : Rosa Luxemburg de Margarethe von Trotta (1986), Club
Sur les 18 films réalisés par MvT, deux seulement passent à peu près régulièrement, L’Honneur perdu de Katharina Blum (1975) et Hannah Arendt (2012).
C’est dommage, car si elle n’est pas une grande visionnaire, la cinéaste s’attache à toujours traiter honnêtement et avec le bon point de vue des sujets qui nous importent, Les Années de plomb (1981) ou Rosenstrasse (2003). Ici, la bio de la grande spartakiste, assassinée en 1919. Barbara Sukowa méritait le prix d’interprétation récolté à Cannes. Et on retrouve avec plaisir Daniel Olbrychski (souvenir de Wajda) et Otto Sander (souvenir de Bruno Ganz, dont il était le partenaire dans Les Ailes du désir). Les anciens apprécieront de voir que MvT a confié le rôle de la mère de Rosa à Barbara Lass - souvenir des premiers courts de Polanski, de De la veine à revendre (1960) d’Andrzej Munk et de L’Amour à 20 ans (1962) de Wajda.

20.50 : Soirée Louis de Funès sur Classic
Si on le signale, c’est à cause du scandale que représente la programmation de versions colorisées de Faites sauter la banque (1964) et de Pouic-Pouic (1963), tous deux de Jean Girault. De Funès en noir & blanc, ce n’est pas suffisant pour appâter le client ?


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