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Wardi (2017)
de Mats Gorud
publié le mercredi 27 février 2019

par Claudine Castel
Jeune Cinéma n° 292-393, février 2019

Sortie le mercredi 27 février 2019

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Wardi, comme Parvana, une enfance en Afghanistan (1) est un film d’animation qui réussit le tour de force de traiter avec sensibilité l’enfance entravée dans les désastres de l’histoire.

Wardi, onze ans, rentre de l’école ; traverser la rue s’avère périlleux pour rejoindre Burj El Barajneh ("la tour des tours" en arabe), un camp de réfugiés palestiniens. (2) Bonne élève, elle est l’espoir de Sidi, son arrière grand-père. Ce jour-là, où l’on commémore la Nakba (3), il lui donne la clef de la maison d’un village de Galilée dont il fut chassé avec ses parents en 1948 lors de la création de l’État d’Israël. On la voit cheminer dans le dédale de ruelles où les câbles électriques s’entrelacent dangereusement, escalader la tour de parpaings. Son parcours nous amène à découvrir les modes de vie de sa famille, leur histoire.

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Sidi raconte comment il a été arraché à la terre des origines. Il est le seul à pouvoir évoquer la beauté des grenadiers et des goyaviers dont il a gardé les graines qu’il a replantées sur sa terrasse.
Ses descendants n’ont eu pour horizon que le camp, malgré les tentatives de rébellion qui ont laissé un goût amer au grand-père : "On dit que toute révolte demande des sacrifices, mais on n’a rien eu en retour."

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L’oncle perché sur le toit, "Pigeon boy", éprouvé par la guerre en 1982, sidéré, s’est coupé du monde. La brève apparition des parents marque une rupture, la perte d’une conscience collective. À l’inverse de la grand-mère bricoleuse qui fait la popote pour les esseulés, la mère bavarde sans s’occuper de ses enfants et dit vouloir retirer Wardi de l’école. La tante Hannan, comme l’arrière-grand-père, est l’âme de la famille. Avec elle, Wardi peut danser et garder l’espoir : "Même s’il fait très sombre, essaie de trouver un rai de lumière."

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Le réalisateur a utilisé deux registres d’animation : il décrit l’existence de Wardi et des siens en marionnettes (4) dans un décor réaliste. Le dessin animé prend le relais pour donner vie aux récits de sa parentèle qui recomposent le passé tragique de quatre générations.

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À la genèse du film, il y a les souvenirs d’enfance de Mats Grorud. Quand il était collégien au Caire, il se souvient d’avoir été à Jérusalem et à Gaza, lors de la première Intifada et d’avoir vu les enfants palestiniens. En 2001, il a travaillé dans une école maternelle financée par une ONG, au camp de Burj El Barajnehil. L’écriture du scénario est inspirée des histoires de ses amis palestiniens et des entretiens qu’il a menés dans différents camps au Liban.

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Pour reconstituer le décor, il lui a été difficile de trouver des photos du camp sur 70 ans et il a récupéré des photos de sa mère, laquelle, venue de Norvège, fut infirmière pendant la guerre, dans les années 80.
L’écrivain afghan Atiq Rahimi est allé dans ce camp à la rencontre des Palestiniens, bannis de leur pays, bannis de leur histoire : "Trois générations en exil, ici, à la Tour des tours, où le temps est éternellement suspendu ; l’espace, infiniment clos." (5)

Claudine Castel
Jeune Cinéma n° 292-393, février 2019

1. Parvana, une enfance en Afghanistan ((The Breadwinner) de Nora Twomey (2017.)

2. Créé par la Ligue des Sociétés de la Croix-Rouge, en 1948, pour accueillir les Palestiniens de Galilée, le camp de Burj El Barajnehil accueille aussi des Syriens. Entre l’aéroport et les quartiers situés au sud de Beyrouth, le camp abritait plus de 18 000 personnes, dont 43% d’enfants, dans un périmètre d’à peine un kilomètre carré, selon le rapport de MSF en 2008.

3. La guerre israélo-arabe de 1948 a entraîné l’exode de la population arabe palestinienne. Cet événement - la Nakba (la catastrophe) - est commémoré.

4. Les marionnettes ont été fabriquées et animées au studio Folimage, à Valence.

5. Cf. "À Buri El Baraineh, Atiq Rahimi en toutes lettres" (Arte, 29 novembre et 1er décembre 2014).


Wardi. Réal : Mats Gorud ; sc : Mats Gorud, Trygve Allister Diesen, Ståle Stein Berg ; mont : S. Nordseth, C. Meinich, A. Bergland, M. Vinnem ; mu : Nathanaël Bergèse (Norvège-France-Suède, 2017, 100 mn).



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