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Teret (2018)
de Tatjana Krstevski
publié le mercredi 13 mars 2019

par Lucien Logette
Jeune Cinéma n° 388-389, été 2018

Sélection de la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes 2018

Sortie le mercredi 13 mars 2019

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Si l’on est un partisan du cinéma comportementaliste, qui ignore l’ellipse et le contrechamp et ne nous épargne rien de tous les petits gestes anodins qui tissent les relations, on accompagne de bon gré les aventures de ce camionneur, qui va du Kosovo à Belgrade avec son chargement (nous sommes en 1999).

Il ne se passe quasiment rien, un jeune stoppeur ramassé en route, quelques arrêts pour manger ou demander le chemin, une discussion au retour avec sa femme et son fils, avant de repartir illico.

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Si l’on est réceptif, on peut percevoir des sentiments exacerbés sous la litote et le non-dit et la présence du drame guerrier pas très loin.

Mais si on pense qu’un gros plan de conducteur de profil pendant des kilomètres manque d’invention, que, sous la surface lisse, devrait palpiter une intensité qui ne soit pas seulement dans le regard du spectateur, que le moindre déplacement à pied ne soit pas l’objet d’un dos cadré pendant des hectomètres, on s’impatiente assez vite.

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On comprend que le réalisateur a voulu épaissir la linéarité de son argument en offrant quelques bifurcations : on vole le briquet du camionneur, donc long plan-séquence dans les bois à la poursuite du jeune chapardeur ; une prostituée sort d’un camion après usage, donc travelling pour l’accompagner nulle part. Toutes pistes qui se terminent en impasse.

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À force de ne pas vouloir exprimer, on ne montre plus rien.
Exemple : on ne sait pas ce que contient le camion cadenassé.
Lorsque le conducteur le récupère après livraison et qu’il l’ouvre, on comprend à son recul que le chargement devait être humain. Long nettoyage, avec travelling sur une flaque d’eau qui se voudrait significatif mais n’est que rhétorique.
Il s’agit d’un cinéma behavioriste, acceptable à condition que l’on y sente une dimension réelle, même s’il faut creuser trois niveaux pour l’atteindre.

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Ici, malgré la sympathie qui émane du comédien, le film donne l’impression de pédaler dans le vide. Sans pour autant être sans intérêt : en restant 98 mn avec un bonhomme, on finit par s’y habituer.

Lucien Logette
Jeune Cinéma n° 388-389, été 2018


Teret. Réal, sc : Ognjen Glavonic ; ph : Tatjana Krstevski ; mont : Jelena Maksimovic. Int : Leon Lucev, Pavle Cemerikic, Tamara Krcunovic (Serbie-Croatie-France-Iran, 2018, 98 mn).



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