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Grands Squelettes (les) (2018)
de Philippe Ramos
publié le mercredi 10 avril 2019

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 10 avril 2019

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Depuis 2002 et Adieu, pays, Philippe Ramos fabrique un cinéma très personnel où les personnages, souvent à fleur de peau, se débattent pour vivre intensément leurs amours et leurs destinées.

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Les Grands Squelettes, son cinquième long métrage, n’échappe pas à la règle, excepté le fait, nouveau et surprenant, que la narration devient fonction du temps de regard d’une image.
Ce film est en effet entièrement constitué d’images fixes, portraits photographiques de différentes personnes que l’auteur nous laisse contempler le temps d’écoute de la voix-off, composée d’extraits de Fragments d’un discours amoureux, de Roland Barthes, mêlés aux réflexions de chacun sur l’amour, la mort, la solitude, la peur...

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Il rejoint un travail entrepris de longue date par Christophe Loizillon (1), à la différence près que, voulant filmer la pensée, celui-ci filmait les visages sans parole. C’était au spectateur de "penser" le visage qu’il contemplait. À l’inverse, Philippe Ramos accompagne le spectateur dans la contemplation de l’image fixe, lui suggère un thème de réflexion et le guide par une voix-off.

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Une image immobile d’un caniveau rempli d’eau, sera sonorisé par le bruit de l’eau ou non. Cette liberté de faire de chaque plan une histoire de cinéma, lui appartient, il la décline treize fois avec treize acteurs et actrices, Melvil Poupaud, Anne Azoulay ou Denis Lavant. La fragilité de l’être et le temps arrêté sont en jeu, cependant rien n’indique le passage du temps, mais plutôt le temps passé, comme dans une photographie.

C’est dans ce dispositif filmique que Les Grands Squelettes rejoint La Jetée de Marker ou, plus sensiblement encore, Méditerranée de Jean-Daniel Pollet.

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L’absence de mouvements dans l’image et la dimension de "l’ici et maintenant" de la voix-off opèrent une fascination proche du vertige, déclenchée par le rythme et le flot de paroles intimes, confessions ou repentirs.
Ces images créées par Philippe Ramos sont de l’ordre du tableau et rejoignent plus probablement l’apparence d’une œuvre conceptuelle ou d’une installation.
En travaillant à l’extrême limite du cinéma, Les Grands Squelettes est ce qui reste du travail cinématographique hanté par tous ses grands fantômes.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Les Visages (2003) ; Trois Visages (2016).
Cf. le site officiel de Christophe Loizillon.
Cf. aussi un entretien avec Christophe Loizillon, in Jeune Cinéma n° 244, juillet 1997.


Les Grands Squelettes. Réal, sc, ph, mont : Philippe Ramos. Int : Melvil Poupaud, Denis Lavant, Anne Azoulay, Jean-François Stévenin, Jacques Bonnaffé, Jacques Nolot, Françoise Lebrun (France, 2018, 70 mn).



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