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JC n°394 - mai 2019

publié le lundi 20 mai 2019
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JEUNE CINÉMA n°394, mai 2019

Couverture :
Nisrin Erradi dans Adam de Maryam Touzani (2019)

Quatrième de couverture :
Philippe Noiret, Gérard Philipe, Charles Denner, Lorenzaccio (Avignon, 1958) ©Agnès Varda

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ÉDITO JC n° 394, mai 2019

 

La valse des disparitions n’a pas cessé depuis le début de ce printemps et, si l’on tenait à faire écho à toutes, la rubrique nécrologique emplirait la moitié de ce numéro. À chaque nouvelle annonce, c’est une pièce du grand puzzle du cinéma qui s’efface ; que cette pièce soit plus ou moins grande, que son retentissement soit national ou ne touche qu’un petit cercle, la perte est pour nous égale.

Bel exemple de longévité créatrice, Agnès Varda est partie sous les honneurs.
La rue Daguerre, avec sa maison rose au n° 86, lui devait sa reconnaissance internationale. Agnès V. est désormais dans l’Histoire, et les biographies ne vont pas manquer. Nous n’ajouterons qu’une petite brique au monument qui lui a déjà été dressé. Elle n’était pas aussi simple et douce qu’on l’a fait croire (comment l’être dans un monde agressif ?), mais elle entretenait avec Jeune Cinéma des rapports amicaux, ce qui a permis à la revue de lui consacrer cinquante-huit articles depuis 1965. Nous lui avons souvent donné la parole ; cette fois, nous lui offrons l’écrit, en reproduisant un de ses textes peu connu et assurément oublié.

Jean-Pierre Marielle, Claude Goretta, Anémone, on n’en finirait pas d’énumérer les morts illustres.
La disparition de Jean-Pierre Beauviala a fait moins de bruit, mais ceux qui connaissent ses réalisations savent que le cinéma ne serait pas formellement ce qu’il est devenu si ce bidouilleur génial n’avait pas mis le nez dans les caméras (on se souvient du bouleversement opéré dans la vidéo par l’arrivée de la "paluche", au début des années 70).

Quant à Georges Goldfayn, son nom ne dira rien aux récentes générations de lecteurs. Membre du Groupe surréaliste des années 50, c’était l’ultime survivant des rédacteurs de L’Âge du cinéma, revue fugace (1951-1952) mais inestimable ; il n’écrivit ensuite que dans Positif, entre 1962 et 1969. Il fut, avec Yves Martin, un des quelques rares poètes chez qui le cinéma tenait une place. Nous reviendrons dans le prochain numéro sur son œuvre méconnue de critique et ses poèmes, publiés par les confidentielles éditions Maintenant.

Dans quelques jours, la planète cinéma va s’arrêter de tourner : Cannes commence sa décade prodigieuse annuelle et rien de ce qui surviendra ailleurs n’aura d’importance - aucun décès n’est admis pendant le festival.
D’une année à l’autre, s’il est aisé de décrire, en fonction des invités, sa physionomie annoncée, il est impossible d’en prévoir l’accueil critique et mondain. En 2018, la sélection avec son lot peu prestigieux, Pawlikowski, Serebrennikov, Labaki (compensé tout de même par Garrone, Kore-Eda, Lee Chang-dong et Bilge Ceylan) ne promettait pas d’éblouissement - ce fut pourtant une année faste, une bonne partie des films se retrouvant aux Oscars. (1)

En 2019, la liste est une des plus alléchantes depuis longtemps (dans nos souvenirs, depuis 1979) : Quentin Tarantino, Ken Loach, les Dardenne, Jim Jarmusch, Terrence Malick, Pedro Almodovar, Marco Bellocchio, Xavier Dolan, Elia Suleiman, on en oublie, c’est là une constellation de première grandeur, dont on attend forcément beaucoup. Mais un nom ne fait pas un film et ce qu’en dira la critique n’est pas prévisible - on sait que le vrai public n’intervient guère là-bas et qu’une cabale peut être vite montée. Verdict le 25 mai 2019, les lampions éteints.

Mais tout ce qu’on a pu voir de la compétition, outre les films français examinés plus loin, nous est apparu remarquable. Même le Matthias et Maxime de Dolan est supportable, c’est dire. Et dans Une vie cachée, Malick a oublié à la consigne son manuel de métaphysique pour Terminale et n’est pas loin de revenir à ses sommets anciens. La sortie simultanée de Douleur et gloire de Almodovar et de The Dead Don’t Die de Jarmusch permettront aux spectateurs de les apprécier immédiatement - avouons notre plaisir particulier devant le second, qui revisite avec son élégance coutumière et son humour détaché le film de zombies (l’assomption de Tilda Swinton en soucoupe volante est un grand moment).

Mais ce sont les inattendus qui apporteront quelques surprises.
Les films de Diao Yinan (Train de nuit, Black Coal) n’ont jamais été très optimistes, mais son Lac des oies sauvages va plus loin encore dans la noirceur de la description des bas-fonds de la Chine profonde.
Kleber Mendonça Filho (Les Bruits de Recife, Aquarius), associé à Juliano Dornelles, renoue, dans Bacurau, avec la tradition du film de cangaceiros (dans son village hors des cartes, sorte de Brigadoon du Nordeste, il y a même un musée des brigands), recomposant, à l’inverse (ce sont les tueurs qui attaquent Bacurau) Les Sept Samouraïs. Il rejoint Le Dieu noir et le diable blond de Rocha, mais en demeurant compréhensible, ce qui est bien.
Enfin, dernière inconnue, la Franco-Sénégalaise Mati Diop, dont Atlantique n’est pas classé comme premier film, alors qu’on ne connaît d’elle que des courts (dont déjà un Atlantique en 2010) et moyens métrages. L’immigration du continent africain vers l’Europe n’est pas un thème neuf, hélas, mais il a rarement été traité de façon aussi juste, avec un point de vue de l’intérieur.

Les amateurs parisiens qui auront le loisir de voir les reprises de Un Certain Regard après le festival, sont priés de ne pas rater Adam de Maryam Touzani, notre couverture et coup de cœur annuel, ni Papicha (Mounia Meddour), deux belles preuves que le cinéma maghrébin existe au féminin, ni Dylda (Kantemir Balagov), à condition de se munir d’antidépresseurs, tant la vision du Leningrad de 1946 est éprouvante (mais quel film !), ni Vida indivisel (Karim Aïnouz), mélodrame brésilien comme on n’en fait plus guère, et c’est dommage. Tous films, et bien d’autres, qui seront couverts, dans notre n° 395, dès le début de l’été, par nos envoyés spéciaux sur le front de mer.

Lucien Logette

1. Cf. Cannes 2018 : Panorama et bilan.



SOMMAIRE JC n°394, mai 2019

 

Hommage
 

* Jean Vilar, par Agnès Varda.

Cinéma français
 

* Les films français à Cannes, par Lucien Logette.

* Coup de cœur, Adam, par Anne Vignaux-Laurent.

Entretien
 

* Rencontre avec Zelimir Zilnik, par Nicolas Villodre.

Festivals
 

* Fribourg 2019, par Alain Souché.

* Cinélatino, Toulouse 2019 parJean-Max Méjean.

Patrimoine
 

* John M. Stahl à Pordenone 2018, par Patrick Bœuf.

* Alberto Lattuada, par Enrico Gheller.

* Inferno 18 : À la source de son désir, par Jean-Paul Combe & Vincent Heristchi.

DVD
 

* Chronique de l’hiver 2019, par Jérôme Fabre.

* Variétés, par Robert Grélier.

* Glanures, de Fritz Lang à Jane Magnusson, par Philippe Roger.

* Océanie, par Lucien Logette.

Cinéma et Littérature
 

* Toute la mémoire du surréalisme. IX. Francis Picabia, par Robert Grélier.

Actualités
 

* Une part d’ombre, par Gisèle Breteau Skira.

* El reino, par Jean-Max Méjean.

* Petra, par Philippe Roger.

* Dieu existe, son nom est Petrunya, par Jean-Max Méjean.

* Tremblements, par Gisèle Breteau Skira.

* Fukushima, le couvercle du soleil, par Aurélien Portelli.

* Je vois rouge, par Jean-Max Méjean.

* Peu m’importe si l’Histoire nous considère comme des barbares, par Philippe Roger.

* Monrovia, Indiana, par Jean-Max Méjean.

* Gloria Bell / Retour de flamme, par Gisèle Breteau Skira.

* Matar a Jesus, par Jacques Pelinq.

* J’veux du soleil, par Bernard Nave.

* 68, mon père et les clous, par Claudine Castel.

* Les Météorites, par Jean-Max Méjean.

Livres
 

* Michel Ciment, Une vie de cinéma, par Lucien Logette.

* Philippe d’Hugues, Viva Cinecitta ! Les douze rois du cinéma italien, par Lucien Logette

* Dominique Delouche, Federico Fellini, six ans avec le Maestro, par Lucien Logette.

* Maryline Desbiolles, Machin, par René Prédal.

* Livres reçus, par Lucien Logette.

Nécrologie
 

* À propos de Claude Goretta (1929-2019), par Patrick Saffar.

* Pierre Chevalier (1945-2019), par René Prédal.

Humeur

* Réponse sous peu, par Bernard Chardère.

JEUNE CINÉMA n°394, mai 2019.



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