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Dustan, Guillaume (1965-2005)
À propos d’une rétrospective
publié le samedi 1er juin 2019

par Nicolas Villodre
Jeune Cinéma en ligne directe

À propos d’une rétrospective (29 mai-30 juin 2019)
(Galerie Treize, Centre Pompidou et Luminor)

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La rétrospective des films de Guillaume Dustan, l’écrivain sulfureux adepte de l’autofiction et d’une forme de récit qu’il a qualifiée d’autopornographique, comportait treize de ses dix-sept films, réalisés en vidéo entre 2000 et 2004.

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Quatre d’entre eux ont été écartés par respect au droit à l’image. Pour ce même motif, deux plans ont été coupés des copies diffusées après numérisation par le service audiovisuel de Beaubourg.
Le son, enregistré en direct avec quelque parasites et défauts, a fait l’objet d’une restauration à part.
Les vidéos, prises en 4/3 par une caméra légère Sony, ont été transférées sur DCP.
Un programme papier a été édité pour l’occasion, qui reprend la filmographie et les synopsis que l’auteur avait insérés dans son livre Premier essai, (1) ainsi que le texte que lui avait consacré Pierre Dulieu (2).

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Parmi les références littéraires de Guillaume Dustan, on trouve Bret Easton Ellis, admiré pour son "minimalisme stylistique", son absence de "psychologie" et son "esthétique filmique", quelque peu "trash-gore".

On trouve également Dennis Cooper, dont il édita À l’écoute chez Balland (3). Et surtout, Marguerite Duras, qui écrivait avec du "mauvais français", en "style oral".
De cette dernière, Dustan affectionnait les films : "Elle a aussi explosé le cinéma, elle a pas que bouleversé la littérature", déclara-t-il dans un entretien à Pink TV en 1999 (4).

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L’autre source de son inspiration cinématographique est Andy Warhol et la Factory - sa "collection" de jeunes gens qui sont devenus des superstars. Il reprend le "dogme" du pape du Pop : le film "sans générique, en son direct, sans montage", un concept qu’il qualifie de "filmé-monté". Là où Warhol, économe et systématique, laissait couler le plan-séquence et conservait les poinçons de fin de bobine 16, prolongeant le plan-séquence plus que nécessaire, en insistant sur le support et non sur le contenu, par ces signes métalinguistiques, Dustan intervient en permanence puisqu’on le trouve des deux côtés de la caméra. On le voit en train de régler le son, attentif aux sillons du tourne-disque ; on l’entend commenter ou interviewer ses proches. Il use de l’ellipse et espace les plans par des cartons de couleur, généralement bleus.

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Dans ses films, on pourra retrouver les thématiques de ses livres, la vie quotidienne d’un homosexuel parisien ( Dans ma chambre ), l’analyse du milieu gay ( Je sors ce soir ), la question SM ( Plus fort que moi ). (5)

Philippe Lançon rappelait les accessoires dont l’écrivain faisait état : "Cagoule collier bâillon pinces à seins menottes godes cockring étouffe-queue parachute menottes. Tout est mobilisé. Prêt à maximiser l’effet de la bite dans la bouche ou dans le cul, les coups de cravache sur le cul, les jambes, le dos les épaules les bras les mains les pieds les couilles la queue. Ça ne fait jamais mal quand c’est bien fait." (6)

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Les références de Dustan sont plus littéraires que cinématographiques.
Dans les trois films montrés lors de la soirée de lancement - Pop life, Songs in the Key of moi, Film perdu, sans titre, (2000) - on ne trouve ni allusion ni influence directe des pionniers du cinéma homosexuel tels que Jean Cocteau, Kenneth Anger ou Jean Genet, ni même des expérimentaux français des années 70, Lionel Soukaz, Stéphane Marti, André Almuró, Teo Hernández - virtuoses du super 8 et du "montage dans la caméra".

Néanmoins, l’esprit demeure celui de l’underground au sens large, avec les défauts assumés, voire revendiqués, les flous, les images décadrées, instables, sens dessus dessous, l’agitation de la caméra.

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Sans parler de la légitimation de la sous-culture, de l’art mineur ou populaire, des couvertures de magazines pour hommes, des illustrations et bandes dessinées dans le style Tom of Finland. (7).

Nicolas Villodre
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Guillaume Dustan, Premier essai. Chroniques du temps présent, Paris, Flammarion, 2005.

2. La revue belge Écritures, a été créée en 1991 en collaboration avec l’Université de Liège. Pierre Dulieu faisait partie diu comité de rédaction. Le texte évoqué est paru dans le n°14, Danger Dustan/Engagement de février 2004.

3. Dennis Cooper, All Ears : Cultural Criticism, Essays, and Obituaries, Soft Skull Press, 1999, recueils d’articles journalistiques et d’essais publiés en français sous le titre À l’écoute, traduction de Stéphane Trieulet, Paris, Balland, 2001.
Chez Balland, Guillaume Dustan a créé la collection Le Rayon Gay, devenue Le Rayon, première collection LGBT.

4. Entretien à Pink TV (1999).

5. Dans ma chambre (1996), Je sors ce soir (1997), Plus fort que moi (1998) constituent sa "trilogie autopornographique", éditée chez P.O.L.

6. Philippe Lançon, "Recherche Dustan perdu. Réédition des romans crus et cul de l’auteur mort en 2005", in Libération, 19 juin 2013.

7. Tom of Finland, alias Touko Valio Laaksonen (1920-1991), dessinateur et peintre, a fait l’objet d’un biopic soft, Tom of Finland de Dome Karukoski (2017).


*Cette première rétrospective cinématographique Guillaume Dustan, a été organisée par Julien Laugier, Pascaline Morincôme et Olga Rozenblum du 29 mai au 30 juin 2019, à la Galerie Treize, au Centre Pompidou et au Luminor Hôtel-de-ville.



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