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Parasite (2019)
de Bong Joon-ho
publié le mercredi 5 juin 2019

par Patrick Saffar
Jeune Cinéma n°395, été 2019

Sélection officielle en compétition au Festival de Cannes 2019

Sortie le mercredi 5 juin 2019

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Certes, le postulat du nouveau film de Bong Joon-Ho peut sembler quelque peu arbitraire : une famille entière, victime du chômage, va peu à peu parasiter une famille fortunée demeurant dans une luxueuse villa que les intrus vont investir, jusqu’à en faire expulser certains des employés : le père de famille se fera passer pour un chauffeur émérite, la mère prendra la place de l’ancienne gouvernante, le fils donnera des cours d’anglais...

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Mais Bong désamorce d’avance le reproche en faisant dire à l’un de ses personnages que les riches sont particulièrement crédules et que, par ailleurs, en tant que représentants de la classe dite supérieure, ils sont plus "gentils" que les pauvres.

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Le film repose sur un principe d’accumulation, pas vraiment dans le sens où on aurait pu l’attendre (type Théorème de Pasolini), mais dans celui d’une folie généralisée, des possédants comme des "possédés", qui, tel un déluge, semble tout emporter, de fond en comble (remarquable utilisation de l’architecture intérieure), jusqu’au bunker où se terre le mari de la première gouvernante - reprise du thème de la claustration, présent dans Snowpiercing (Le Transperceneige) du même Bong. L’exubérance du propos vient ainsi compenser ce qui, de prime abord, dans la manière du cinéaste, relève un peu du survol du réel, à savoir des rapports de classes.

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C’est dire que la complexité du film ne se découvre que progressivement, celle d’une société qui, sous couvert de "complicité" patron-employé (tous deux déguisés en Indiens lors de la fête finale) dissimule mal l’obsession du premier : ne pas franchir la ligne, même si ce franchissement pourrait bien présenter quelque attrait...

Tout compte fait, c’est à une fake news généralisée que se livre notre famille de chômeurs, et dont leurs nouveaux maîtres deviennent la dupe aisément bernée.

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Mais ce simulacre (comme on l’appelait autrefois) pourrait bien s’étendre tous azimuts : la peinture à laquelle se livre le gosse de riches ne serait-elle pas loin de passer pour un Basquiat ?
Si bien que ce dérèglement général, du dedans et du dehors, du dessus et du dessous, nous laisse sur une impression, qu’annonçait le gag initial du wi-fi déconnecté, celle de ne plus savoir où l’on en est.

Patrick Saffar
Jeune Cinéma n°395, été 2019


Parasite (Gisaengchung). Réal, sc : Bong Joon-ho ; sc : Han Ji-won ; ph : Hong Kyeong-pyo ; mont : Yang Jin-mo ; mu : Jeong Jae-il. Int : Song Kang-ho, Lee Sun-kyun, Cho Yeo-Jeong, Jang Hye-jin (Corée, 2019, 131 mn).



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