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Douleur et gloire (2019)
de Pedro Almodovar
publié le lundi 8 juillet 2019

par Patrick Saffar
Jeune Cinéma n°395, été 2019

Sélection officielle en compétition au Festival de Cannes 2019

Sortie le mercredi 17 mai 2019

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Vers la fin de Douleur et gloire, un très beau raccord qui, de Salvador (Antonio Banderas) glissant dans un appareil médical qui pourrait lui détecter une éventuelle tumeur, enchaîne sur un travelling avant découvrant une scène de l’enfance du protagoniste (là où, déjà, tout pourrait se jouer), ce raccord d’image(rie) le signale, le dernier film de Pedro Almodovar sera la radiographie générale d’un homme, en l’occurrence un créateur. Et le travelling avant / travelling arrière sera la figure mère de l’ouvrage, tout autant que la mère en sera l’une des figures principales.

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Rarement autant que dans Douleur et gloire, la construction même d’un film de Pedro Almodovar (un agencement sophistiqué de plongées dans le passé du héros, agrémenté ou non de flashback - car le passé peut également remonter à la surface) aura permis de faire sourdre l’émotion. Ce n’est pas tant ici Mon cœur mis à nu (1) (puisqu’il va de soi que Salvador est également un double d’Almodovar), qu’un cœur déjà fatigué qu’il s’agit de prendre dans une structure d’acier (celle du film) pour en faire jaillir in fine quelques larmes. Autant dire que, cette fois, ni l’épanchement ni l’impudeur ne sont de mise.

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Finalement, ce ne sont pas tant les affres de la création que la panne généralisée (panne d’existence comme panne artistique) qui retiennent le cinéaste dans la mosaïque qu’il compose autour de ce personnage de metteur en scène perclus de diverses douleurs et qui va renouer avec un de ses anciens interprètes.

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Parallèlement à ces retrouvailles, le film tisse sa trame d’échos entre l’enfance de Salvador et divers fantômes qui, de chair et d’os, viennent à sa rencontre : un ancien amant qu’il n’a pas pu sauver et qui lui ressemble assez curieusement (effet miroir), sa mère devenue une vieille dame...

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Mais c’est aussi le fantôme du texte, et donc du personnage de Banderas, qui est convoqué via le théâtre lors de l’épisode au cours duquel l’ex-interprète rejoue les mots dont Salvador est l’auteur : Douleurs et gloire est aussi un film sur l’acteur, et ses (ré)incarnations, à commencer bien entendu par Antonio Banderas, interprète déjà des débuts d’Almodovar.

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Tissant une trame particulièrement serrée autour du motif de la création, l’auteur de La Loi du désir (2) réussit cette fois à tout faire communiquer avec brio (mais avec moins d’ostentation qu’en certains films) : le désir, l’apprentissage, un dessin d’enfant, l’art "noble", un drap lavé par la mère, un mur de chaux, un écran blanc...

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On l’a dit, Almodovar est un formaliste (un architecte, mais aussi un coloriste, un designer). Est-ce la forme ovoïde qui lui inspire le souvenir de l’œuf à coudre ou bien quelque souvenir enfoui qui remonte encore à la surface ? Mais une chose est sûre : la ligne rouge qui s’inscrit à même le corps de Salvador, cette ligne est aussi une cicatrice...

par Patrick Saffar
Jeune Cinéma n°395, été 2019

1. Charles Baudelaire, Mon cœur mis à nu, fragments d’un carnet de travail (1864), in Œuvres posthumes et correspondances inédites, précédées d’un étude biographique par Eugène Crépet, Paris, Maison Quantin, Cie générale d’impression et d’édition, 1887.

2. La Loi du désir (La ley del deseo) de Pedro Almodovar (1986).


Douleur et Gloire (Dolor y gloria). Réal, sc : Pedro Almodovar ; ph : Jose Luis Alcaine ; mont : Teresa Font ; mu : Alberto Iglesias. Int : Antonio Banderas, Penélope Cruz, Asier Etxeandia, Leonardo Sbaraglia (Espagne, 2019, 113 mn).



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