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Mocky, Jean-Pierre (livre)
Mocky soit qui mal y pense (2016)
publié le vendredi 9 août 2019

par René Prédal
Jeune Cinéma n° 378-379, février 2017

Jean-Pierre Mocky, Mocky soit qui mal y pense, Cherche-Midi, 2016.

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Les cinq premiers chapitres forment une première partie que l’on pourrait intituler "Souvenirs d’un vieux dégueulasse", mâtinée d’aphorismes de moraliste grincheux sur la laideur du monde.

On peut légitimement être consterné par cette sorte d’autocaricature peu ragoûtante de sa légende sulfureuse et priapique, qu’il feint de vouloir dénoncer mais ne peut pas s’empêcher d’alimenter de manière délirante.

Difficile, hélas, de ne pas reconnaître que ces excès font partie, non seulement du caractère de l’auteur, mais aussi du style de son cinéma, de ses soixante longs métrages et sa cinquantaine de réalisations télévisuelles, de cette filmographie dont la production s’accélère encore depuis que Mocky a atteint et largement dépassé le cap des 80 ans.

On est effaré par le déchaînement de cette force de la nature, énergie créatrice fulgurante, quoique encombrée des plus désolants clichés de caboulots, se déversant dans son maelström littéraire. Ce Mocky soit qui mal y pense est directement complémentaire de son Je vais encore me faire des amis ! paru l’an dernier chez le même éditeur) comme dans son œuvre de cinéaste. (1)

Par contre, le cinéphile sera séduit ensuite par la finesse démoniaque du lascar, démontant tous les reproches qui lui sont habituellement adressés, en inventant d’ailleurs d’autres pour mieux les démolir.

On apprend beaucoup de choses sur ses meilleurs films, même si Mocky avertit à plusieurs reprises qu’il est souvent obligé de mentir pour ne pas décevoir.
On connaît bien par exemple tous ses projets américains pharaoniques annoncés depuis des dizaines d’années mais ne voyant jamais le jour : il y a de l’Abel Gance et de l’Orson Welles dans sa grandiose filmographie fantôme, qu’il fantasme avec un certain génie de l’autodestruction catastrophique.
Mais son dernier chapitre, ses "Petits arrangements avec la mort", teinté d’une mélancolie slave qu’il revendique pleinement, est un beau morceau de confession intime, digne et douloureuse à la fois.

L’intérêt de Mocky soit qui mal y pense est que le réalisateur parle toujours preuves à l’appui, c’est-à-dire en revenant aux films, comédies et farces burlesques ou série d’un anarchisme politique et romantique : ses préférés, les mieux et les plus mal reçus, la question des comédiens et techniciens, les prix et les festivals, sans oublier les coups de pouce, de poing ou de gueule.
Il dissèque sa méthode de production (aux budgets minuscules) et de tournage (rapide et pas cher), égratigne au passage Bertrand Tavernier ou Arnaud Desplechin, s’en prend au "Système" qui le laisse végéter dans son coin, histoire de nous donner envie, une fois le livre refermé, d’aller voir du côté du cinéma Desperado, où il passe ses films qui ne sortent que là (notamment les trente-cinq réalisés depuis 1990) et les vend en DVD : en direct du producteur au spectateur.

René Prédal
Jeune Cinéma n° 378-379, février 2017

P.S. Parfois, après minuit il est vrai, la télévision peut offrir quelques curiosités quand une star est au casting.
Ainsi, dimanche soir 8 janvier 2017, ont été (re)programmés trois courts métrages avec Gérard Depardieu, réalisés en 2015 pour France 2, dont deux adaptés de Tchekhov. Agafia reconstitue le tandem Depardieu-Pierre Richard, malandrins qui séduisent les femmes d’un village russe au 19e siècle. Le Magicien et les siamois fait renaître les trucages à la Méliès. Le Rustre et le juge est un procès burlesque pour une histoire de coup de poing dans la figure. Comme toujours chez Mocky, la vulgarité tient une grande place, mais l’humour au vitriol aussi.

1. Jean-Pierre Mocky, Je vais encore me faire des amis !, Paris, Cherche-Midi, 2015.

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Jean-Pierre Mocky, Mocky soit qui mal y pense, Paris, Cherche-Midi, 2016, 208 p.



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