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Kirchhofer, Patrice (1953-2019)
Une vie, une œuvre
publié le mardi 10 septembre 2019

par Nicolas Villodre
Jeune Cinéma n°396-397, automne 2019

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Patrice Kirchhofer, un des cinéastes français les plus singuliers, est mort le 20 août 2019, quatre mois après l’écrivain Dominique Noguez, spécialiste du cinéma expérimental, qui était son ami depuis leur rencontre en 1973 (1).
Noguez figure dans plusieurs films de Kirchhofer : Sensitométrie III (1975), Densité optique I (1977), Pour un temps (1984) et s’était assuré de sa collaboration comme chef opérateur dans Tosca (1978).

Le critique résume ainsi son travail : "Patrice Kirchhofer avait réalisé, dès 1973, avec les séries des Sensitométries et Chromaticités, des films d’une radicalité plastique pionnière en France que l’on ne retrouve que chez les membres de la Paris Films Coop. Mais Kirchhofer n’était l’élève ni le disciple de personne."

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Nous l’avions connu à l’époque où il avait créé la Coopérative des cinéastes, après sa scission d’avec le Collectif Jeune Cinéma (2) et avions assisté à quelques réunions animées par Gérard Courant et lui, au 42 rue de l’Ouest. Après avoir dirigé le fanzine Cinéma différent, devenu rapidement revue puis organe officiel du Collectif, Kirchhofer avait quitté ses fonctions à partir du numéro 5-6, à l’été 1976.

Outre la vingtaine de films qu’il a réalisés, actuellement diffusés par Light Cone, il a fait l’image de plusieurs bandes signées Louis Skorecki. Ce dernier a qualifié le style de Kirchhofer "d’art du cauchemar", fait de "surimpression, animation, diapositives, musiques ralenties, déformées, logique sérielle poussée dans ses derniers retranchements." (3)

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Cette notion de sérialité, au sens musical du terme, caractérise en effet l’œuvre du réalisateur, y compris lorsque ses opus sont muets - ou, comme préfèrent l’écrire les Anglo-saxons, "silencieux". C’est d’ailleurs ce que résume Nicole Brenez, en voix off, dans le 13 minutes consenti par la chaîne culturelle de la télévision publique à cet artiste d’exception : "Il a complètement refondé la syntaxe en restituant au filmique les ressources rythmiques et visuelles de l’intermittence comme si le cinéma claudiquait sur une seule jambe, la jambe du continu." (4)

Parti du travail de bénédictin d’une activité solitaire, en chambre, proche des animations fantastiques et expressionnistes à la Patrick Bokanowski, Kirchhofer a bifurqué vers l’abstraction, sans la pousser jusqu’au cinéma structurel d’un Peter Kubelka.

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On a toujours en tête ses scansions irrégulières, ses sons industriels, ses boucles étranges et autres amorces d’actions sans objet véritable. On garde en mémoire la silhouette fantomatique de Dominique Noguez, montant l’escalier sans fin menant à son appartement de la rue de Seine.

Nicolas Villodre
Jeune Cinéma n°396-397, automne 2019

* Un hommage au cinéaste organisé par Gisèle Rapp-Meichler et Light Cone, ses amis et ses proches a lieu mardi 10 septembre 2019 à 20h30 au Luminor Hôtel de Ville, avec projection de trois films rarissimes, Rémanence I, Hors titre I et Ataraxie I.

1. Dominique Noguez (1942-2019). Dans Éloge du cinéma expérimental (Éditions Paris Expérimental, 2010), il rappelle avoir fait la connaissance du "cinéaste hors pair" devenu par la suite un "ami sincère" dans le train les menant au Festival du film d’animation de Annecy, peu de temps après "l’investissement du cinéaste dans le destin du Collectif Jeune Cinéma" fondé par Marcel Mazé, administré à cette époque par des personnalités comme Raphaël Bassan, Noël Burch et Luc Moullet.

2. Rappelons que le Collectif Jeune Cinéma, fondé en 1971, n’a rien à voir avec la revue Jeune Cinéma, née, elle, en 1964, et qui avait omis de déposer son titre.

3. Cf. Libération du 29 juin 2001.

4. Court Circuit n° 276, 2006.



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