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Un mauvais fils (1980)
de Claude Sautet
publié le mercredi 11 septembre 2019

par Henry Welsh
Jeune Cinéma n°131, décembre 1980

Sorties le mercredis 15 octobre 1980 et 11 septembre 2019

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Il y a dans Un mauvais fils, des indices qui montrent que Claude Sautet abandonne une certaine prudence pour porter à l’écran des scènes de la vie intime avec la précision de l’observateur attentif et la chaleur du témoin concerné.

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En effet, l’histoire de ce mauvais fils pourrait se réduire au récit banal d’une tentative de réinsertion dans la société après cinq ans d’emprisonnement aux USA pour usage et trafic de stupéfiants. Ce faisant l’artillerie lourde aurait pu être de mise pour pilonner l’impossibilité pour un ex-taulard de se resituer dans un monde où l’exclusion est une condition de son ordre et de son fonctionnement. On imagine ce que Yves Boisset par exemple aurait pu faire avec Patrick Dewaere se battant contre le rejet dont il aurait été victime. Mais Claude Sautet est un enquêteur minutieux du quotidien. Et dans ce quotidien, il a choisi de s’intéresser à ses franges.

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Bruno Calgani (Patrick Dewaere) se retrouve à Paris face à une société qu’il ne comprend pas bien et face à son père qui le considère comme un authentique criminel. À force de courage, il arrive à s’en sortir et c’est dans l’amitié avec un jeune collègue maghrébin, dernier recours à sa dérive, qu’il va trouver le soutien nécessaire. Cette amitié entre un Français et un Algérien se lie de façon toute naturelle dans l’épreuve du travail quotidien. Claude Sautet, ici, porte un regard extrêmement sympathique et réconfortant sur le monde des émigrés, et cela sans atermoiement ni appel à la grande solidarité des exclus.

Finalement Bruno retrouve du travail dans une librairie tenue par un homosexuel mélomane, aidé par Catherine une ancienne droguée qui cherche, elle aussi, à prendre un nouveau départ. Jacques Dufilho dans son rôle de libraire est tout à fait touchant. (1)

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Très vite une relation profonde va s’établir entre Bruno et Catherine et donner lieu à une des plus belles et des plus audacieuses scènes d’amour qui soit, dans un film qui ne fait, à aucun moment, l’apologie de la drogue. Alors qu’il a définitivement cessé d’en prendre, devant la détresse profonde dans laquelle se trouve son amie, il va l’assister dans une dernière tentative vers le "paradis" artificiel de l’héroïne. Ce geste n’est pas l’expression d’un acquiescement mais une ultime preuve d’amour. Par la suite, après une rechute, Catherine décidera d’elle-même de retourner en cure de désintoxication.

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Tous les moments difficiles de ce trajet sont rendus encore plus pénibles par l’impossibilité de renouer une relation authentique avec son père (Yves Robert). Quand ce dernier parviendra à surmonter son rejet du "fils indigne", ce sera sous la forme d’un appel au secours.

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La réconciliation n’est pas une amnistie totale, mais juste la reconnaissance de l’autre avec tout ce qu’il a de différent, de dérangeant, d’unique.
La leçon de Claude Sautet, c’est cet espoir d’une libre circulation possible des hors la loi.

Henry Welsh
Jeune Cinéma n°131, décembre 1980

1. En 1981, Jacques Dufilho a reçu, pour ce rôle, le César du meilleur acteur dans un second rôle.


Un mauvais fils. Réal : Claude Sautet ; sc : C.S., Daniel Biasini & Jean-Paul Török ; ph : Jean Boffety ; mont : Jacqueline Thiédot ; mu : Philippe Sarde ; déc : Dominique André. Int : Patrick Dewaere, Yves Robert, Brigitte Fossey, Jacques Dufilho, Claire Maurier, Sophie Artur, Raouf Ben Yaghlane, Franck-Olivier Bonnet, Jean-Claude Bouillaud, Antoine Bourseiller, Étienne Chicot, Christiane Cohendy, Dominique Zardi (France, 1980, 110 mn).



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