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Hôtel des Amériques (1981)
de André Téchiné
publié le mercredi 11 septembre 2019

par Anne Kieffer
Jeune Cinéma n°140, février 1982

Sorties les mercredis 2 décembre 1981 et 11 septembre 2019

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Tard dans la nuit, sur le Côte basque, entre le rocher de la Vierge et la chambre d’amour, une voiture roule à vive allure. Dans le même temps, un jeune autochtone se promène dans les rues de Biarritz. Soudain les pneus crissent, le véhicule s’immobilise. À un feu rouge, il vient de heurter un piéton. Accident sans gravité qui est l’occasion d’une rencontre brutale et imprévue entre la conductrice Hélène et l’infortuné passant, Gilles. Début d’un amour qui s’enlise dans les méandres de la passion et de l’incompréhension.

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Après de multiples péripéties, Hélène part sans laisser d’adresse et Gilles, la tête entre les mains, prend conscience de son éternel personnage de perdant.
Ainsi peut-on résumer le dernier film de André Téchiné, Hôtel des Amériques.

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Cette histoire d’amour est traitée de façon conventionnelle et sans grande originalité - plus tu me fuis, plus je t’aime. À aucun moment on ne sent le feu de la passion dévorer les amants, on reste de glace devant la lucidité de Hélène et l’immaturité de Gilles. En dépit de leur talent, Catherine Deneuve et Patrick Dewaere ne réussissent pas à nous émouvoir.
Rien n’y rappelle le ton de Souvenirs d’en France, on y retrouve, au contraire, le clinquant et le maniérisme de Barocco et des Sœurs Bronté, et le film ne dissipe pas la déception des œuvres précédentes. (1)

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Tout se passe comme si André Téchiné jouait sur un registre qui n’était pas le sien. On est en face d’un produit peaufiné, d’une superbe imagerie à laquelle semble manquer la sincérité et le charme envoûtant de l’authenticité.

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Le vrai sujet, c’est plutôt l’environnement de cette passion, et là, les données s’inversent.
En demi-teinte est évoqué l’univers homosexuel inavoué et inavouable d’une amitié virile entre Gilles et Bernard (Étienne Chicot). Tous deux forment un étrange couple. Depuis leur rencontre à New York, ils ne se quittent plus, relation de dépendance économique pour l’un, caution exotique pour l’autre, complémentarité d’un surdoué et d’un perdant, tous deux paumés, qui utilisent, chacun à sa manière, le chantage affectif. Qui culmine avec l’irruption de Hélène dans leur vie.

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Hôtel des Amériques, c’est aussi - surtout, malgré les apparences ? - la mélancolie d’une ville provinciale, plus exactement d’une station balnéaire hors saison, la nuit, avec son pôle d’attraction qu’est son casino, Havre de lumière et de cliquetis où toutes les folies sont possibles. On y troque la tenue de travail pour la tenue de soirée et on y flambe.

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Alors, les seconds rôles font éclater le contraste entre une journée de sage labeur et la folie noctune où l’on claque son argent. Josiane Balasko campe une employée des PTT aguerrie aux difficultés de la vie amoureuse tout à fait vivante et crédible. Quant à Sabine Haudepin, jeune sœur de Gilles, en attente du grand amour, elle nous enchante.

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Fausse proximité avec l’histoire d’amour et distance affichée avec son contexte, c’est peut-être cette disproportion qui donne au film son aspect superficiel.

Anne Kieffer
Jeune Cinéma n°140, février 1982

1. Souvenirs d’en France (1975) ; Barocco (1976) ; Les Sœurs Bronté (1976). Hôtel des Amériques (1981) a été un échec commercial.


Hôtel des Amériques. Réal : André Téchiné ; sc : A.T. & Gilles Taurand ; ph : Bruno Nuytten ; mont : Claudine Merlin ; mu : Philippe Sarde ; déc : Jean-Pierre Kohut-Svelko. Int : Catherine Deneuve, Patrick Dewaere, Étienne Chicot, Josiane Balasko, Sabine Haudepin, François Perrot, Dominique Lavanant, Frédérique Ruchaud, Jean-Louis Vitrac, Francine Rabas, Jacques Dichamp, Michel Sauvage, Rosemary Linousy, Michèle Ban de Loménie (France, 1981, 95 mn).



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