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Ne croyez surtout pas que je hurle (2019)
de Frank Beauvais
publié le mercredi 25 septembre 2019

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n° 396-397, octobre 2019

Sélection officielle à la Berlinale 2019

Sortie le mercredi 25 septembre 2019

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Il n’échappera à personne que ce titre est une antiphrase. Comme bon nombre d’entre nous, Frank Beauvais a envie de hurler. Son premier long métrage, après toute une série de courts récompensés partout, pose le réalisateur à la fois comme auteur d’un texte remarquable et du montage réussi d’une centaine de films. Ce sélectionneur du festival Entrevues de Belfort nous livre ici un cri, sans aucune image filmée par lui-même, mais par un ensemble d’extraits des films qu’il visionne chaque nuit.

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Ce film est un témoignage d’amour au cinéma et à ses images, mais aussi un acte pour se libérer d’un chagrin d’amour et de l’horreur que lui inspire ce monde depuis les attentats de 2015. Le montage d’images, dans lesquelles les hommes apparaissent toujours de dos, ou peu visibles, en tout cas pas reconnaissables, est accompagné d’un long texte passionnant qu’il lit d’une voix volontairement monocorde.

"Janvier 2016. À 45 ans, je me retrouve seul, impuissant, j’étouffe d’une rage contenue. Perdu, je visionne quatre à cinq films par jour. Je décide de restituer ce marasme, non pas en prenant la caméra mais en utilisant des plans issus du flot de films que je regarde."

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Les cinéphiles aguerris s’amuseront à reconnaître certains extraits, exercice difficile eu égard au choix très pointu des images. La sortie du film coïncide avec celle du texte chez Capricci, sous le même titre, et avec une préface de Bertrand Mandico, le réalisateur expérimental de Ultra Pulpe et des Garçons sauvages.

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Frank Beauvais parle, à travers ces images empruntées, avec ses propres tripes, sans histoire sophistiquée. Ici, la sophistication vient, artistiquement, de son talent de collectionneur d’images, et du montage dû au travail de Thomas Marchand.

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Pour refuser l’hypocrisie d’un monde réel inacceptable, Frank Beauvais se réfugie dans les images du cinéma, à la manière d’un Godard dans ses montages de Histoire(s) du cinéma. Il sera opportun de retrouver, le moment venu, ce texte important, type Mon cœur mis à nu de Baudelaire, dont chaque mot, chaque phrase portent et donnent une idée du désespoir et de la solitude. Jusqu’au dépouillement, à l’arrachement à soi qui plongent le film dans une sorte d’acte janséniste, un no future accepté par un réalisateur qui sait "qu’il n’y a plus rien".

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n° 396-397, octobre 2019


Ne croyez surtout pas que je hurle. Réal, sc : Frank Beauvais ; mont images : Thomas Marchand ; mont son : Matthieu Deniau, Philippe Grivel & Olivier Demeaux (France, 2019, 75 mn). Documentaire.



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