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Port Authority (2018)
de Danielle Lessovitz
publié le mercredi 25 septembre 2019

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°396-397, octobre 2019

Sélection officielle Un certain regard au Festival de Cannes 2019

Sortie le mercredi 25 septembre 2019

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Le terminal de bus du quartier de Manhattan à New York s’appelle Port Authority.
C’est ici, dans ce vaste lieu de passage international que le film débute, avec Paul, dont on apprend qu’il est en liberté conditionnelle. Il attend sa demi-sœur, qui ne viendra pas.

Ce premier long métrage de Danielle Lessovitz interprété par Fionn Whitehead, très jeune acteur au visage d’ange, est une fiction qui se situe dans le milieu LGBTQ, sigle aujourd’hui connu, réduit à cinq capitales, face aux multiples possibilités d’autres lettres, revendicatrices et / ou explicatives d’une sexualité différente.

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C’est une histoire d’amour, profonde et sincère, entre deux êtres sensibles, dont la très belle Wye (Leyna Bloom), transgenre, membre de la communauté noire du Ballroom adepte du voguing, sa famille. Le voguing est une danse inspirée des attitudes des mannequins du magazine Vogue, qui s’est développée dans le milieu transsexuel noir de New York dans les années 60.

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La pratique de la danse permet à ces minorités sexuelles d’être visibles et de s’inscrire dans la société, sans en être constamment rejetées. Précision importante : aucune image voyeuriste en ce qui concerne la découverte et la complexité physique du genre, ce qui permet le libre épanouissement de cette histoire d’amour, à la lisière même d’une certaine hétérosexualité, qu’un cadrage sur les visages suffit à exprimer. Ce qui, après réflexion, induit une sourde mélancolie dans la relation entre les deux protagonistes. Le filmage des corps dansants est d’une extrême pudeur, sans insistance.

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Attiré par l’expression de la jeune femme, ce jeune homme à la douce figure blanche plonge par amour, littéralement, dans un autre monde, pour lui inconnu, un monde choisi par les individus qui en revendiquent leur appartenance. Après quelques méchants coups sur son beau visage, il se fait adopter par cette même "famille" et se fait aimer de Wye, sans être pour autant homosexuel.

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La description des sentiments s’écoule naturellement, dans une gentillesse et une docilité exemplaires, qui laissent croire aux vertus humanistes de la "famille", à l’inverse de celle de naissance, la vraie, celle que Paul a quittée. Danielle Lessovitz met en lumière deux mondes ; Paul s’éloigne lentement du monde classique qu’il incarnait. Et c’est par un véritable geste artistique, dont la drôlerie et l’invention sont dignes d’une performance contemporaine, qu’il s’intègre à sa nouvelle "famille".

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n° 396-397, octobre 2019


Port Authority. Réal, sc : Danielle Lessovitz ; ph : Jomo Fray ; mont : Matthew C. Hart, Clemence Samson. Int : Fionn Whitehead, Leyna Bloom, McCaul Lombardi, Louise Krauss (USA, 2018, 94 mn).



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