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Trust Me (1990)
de Hal Hartley
publié le mercredi 25 septembre 2019

par Hélène J. Romano
Jeune Cinéma n°214, avril-mai 1992

Sélection officielle au Sundance Film Festival 1991

Sorties le mercredis 26 février 1992 et 25 septembre 2019

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Trust Me est le deuxième long métrage de Hal Hartley, jeune cinéaste américain de Long Island, après The Unbelievable Truth. (1)
C’est un drôle de film, incisif et provocant, construit de manière très personnelle, avec de nombreux cuts, qui donnent beaucoup d’agilité au récit, une juxtaposition des situations, des dialogues superposés, parfois contraires, un montage rapide, tout cela donne une spontanéité et un ton particuliers.

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Pourtant, on part d’un canevas assez simple. Un jeune homme révolté - mère défunte, rapport difficiles avec le père - s’affronte sans cesse avec ses employeurs. Matthew s’insurge contre l’absurdité. Il rencontre Maria, son alter ego, en rupture avec son entourage, elle aussi : son père est mort d’une crise cardiaque dont sa mère la rend responsable, et son petit ami la quitte lorsqu’elle apprend qu’elle est enceinte, pour ne pas entraver sa carrière dans le base-ball.

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Maria (Adrienne Shelly), avec son air mutin, évolue peu à peu dans son personnage. Elle s’enrichit constamment des situations qu’elle traverse et des rencontres qu’elle fait, avec l’assistante sociale, avec la femme devant le drugstore qui lui raconte sa vie et qui voudrait un enfant (elle en vole un, dans la foulée), avec sa sœur qui vient de quitter son mari.

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Matthew, lui, n’évolue que par elle. Elle devient un interlocuteur indispensable, créant une complicité inconditionnelle avec lui. Tous deux, enfermés au départ dans leurs problèmes, famille, travail, intégration, se mettent insensiblement à l’écoute l’un de l’autre.

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Lui qui vivait dans une illusion de liberté en portant dans sa poche une grenade (rapportée du Vietnam par son père) avec quoi il pouvait "tout faire sauter", laisse peu à peu émerger un désir d’amour jusqu’alors profondément enfoui. Finalement, c’est leur tendresse face au monde qui devient importante. Et fonde leur liberté.

Hal Hartley, par touches successives, indique que les situations peuvent évoluer dans n’importe quelle direction - va-t-elle avorter ou garder l’enfant, va-t-il travailler ou pas, la grenade va-t-elle exploser ou non ?

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Les faits semblent arriver au gré des influences, il n’y a rien de prévu ni de définitif. C’est ce qui donne à ce film un air si proche de la réalité. Hartley, avec sa sincérité et sa dextérité, entraîne le spectateur dans un vécu immédiat.
Comme il aime à le répéter, "quand on est livré à soi-même dans une société dont on ne fait pas vraiment partie, on doit faire sa propre musique, ses livres et ses films."

Hélène J. Romano
Jeune Cinéma n° 214, avril-mai 1992

1. L’Incroyable Vérité (The Unbelievable Truth) de Hal Hartley (1988).


Trust Me (Trust). Réal, sc : Hal Hartley ; ph : Michael Spiller ; mont : Nick Gomez ; mu : Phil Reed. Int : Martin Donovan, Adrienne Shelly, Merrit Nelson (USA-Grande Bretagne, 1990, 91 mn).



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