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Âme des guerriers (l’) (1994)
de Lee Tamahori
publié le mercredi 27 novembre 2019

par Heike Hurst
Jeune Cinéma n°233, automne 1995

Sélection officielle de la Mostra de Venise 1994

Sorties les mercredis 5 juillet 1995 et 27 novembre 2019

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Ce film est une curiosité à beaucoup d’égards : film néozélandais, premier long métrage de Lee Tamahori, réalisateur de films publicitaires et de téléfilms, une des rares œuvres consacrées aux Maoris, peuple guerrier venu de Polynésie et installé en Nouvelle Zélande depuis le 16e siècle - ce qui expliquerait le titre original, Once Were Warriors.

Acclamé en 1994 à Venise, couvert de palmes à Montréal (grand prix d’interprétation féminine pour l’extraordinaire Rena Owen), L’Âme des guerriers conte l’histoire d’une famille maorie prolétaire, habitant la banlieue d’Auckland.

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Désœuvrement, beuveries, violence, délinquance juvénile. Un des fils va être placé dans un centre de rééducation. La mère, qui voudrait l’empêcher, ne pourra pas témoigner, défigurée par les coups reçus du père ultra-violent, bagarreur et alcoolique. Princesse maorie, elle a été chassée de sa communauté parce qu’elle aimait cet homme, métis descendant d’esclaves noirs pour les uns, bâtard pour les autres.

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Autour de ce couple qui s’aime et se désire avec cette même violence qui les anéantira, gravitent des copains de travail ou de la communauté. L’alcool, les drogues, un groupe fasciste de truands maoris outrageusement tatoués déciment de l’extérieur le noyau familial.
Un des fils rejoint cette bande qui cache son appétit du gain derrière un simulacre de retour aux sources, ravivant l’art traditionnel du tatouage pour affirmer sa différence. Ses membres vivent et se déplacent en groupe, s’imposant par la terreur.

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Le fils placé en maison de redressement rencontre l’autre versant de la culture maorie en la personne d’un maître des arts martiaux et de la réflexion spirituelle. Ne plus vaincre l’ennemi par la force et la violence, acquérir suffisamment de force spirituelle pour distancer l’autre par la maîtrise.

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La fille aînée, l’ange et l’âme de la maison, subit en revanche toutes les retombées de ces individualités frustes et frustrées. Elle assume seule la protection des petits, console et compatit. Victime désignée, elle sera violée, contrainte au silence et se pendra à son arbre préféré. Mais elle tient un journal (le film s’ouvre sur sa lecture) et elle sera vengée.

Le film commençait par une scène de bagarre, le père voulant imposer le silence pour écouter une jeune chanteuse. Il se clôt sur une bagarre analogue, dans un bistrot aussi vaste et désolé que celui du début, le père va venger sauvagement sa fille outragée par "l’ami" : le "hors-la-loi" impose pour la première fois la sienne et exécute sans appel. Mais cet acte ne sert plus à rien : la fille est morte, la mère va rejoindre sa communauté lointaine. Le père n’a pas de possibilité de rachat, il ira probablement en prison.

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Le film laisse le même malaise que le documentaire Black Power : Fast Forward de Peter Cathro, dans lequel on voyait des bandes de motards tatoués qui mettaient leurs femmes aux casseroles, ne pratiquaient pas la contraception et s’affirmaient en rejouant des rituels guerriers d’imitation sans aucune portée symbolique véritable.
L’Âme des guerriers reste sur le cœur, dans les yeux, comme un feu qui ne veut plus s’éteindre.

Heike Hurst
Jeune Cinéma n°233, automne 1995

1. Black Power : Fast Forward est un court métrage documentaire de Peter Cathro (1990). Il est le seul film sur le Black Power en Nouvelle Zélande, on a pu le voir au Cinéma du Réel en 1990.


L’Âme des guerriers (Once Were Warriors). Réal, sc : Lee Tamahori d’après le roman de Ahan Duff ; ph : Stuart Dryburgh ; mont : Michael Horton ; mu : Murray Grindlay. Int : Rena Owen, Mamaengo Kerr-Bell, Temuera Morrison, Julian Arahanga (Nouvelle Zélande, 1994, 102 mn).



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