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Tenzo (2019)
de Katsuya Tomita
publié le mercredi 27 novembre 2019

par Claudine Castel
Jeune Cinéma n°395, été 2019

Sélection de la Semaine de la critique au Festival de Cannes 2019

Sortie le mercredi 27 novembre 2019

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La Semaine de la Critique a présenté en séance spéciale Tenzo, le moine cuisinier, de Katsuya Tomita (1). Il nous embarque sur un terrain inattendu avec ce documentaire filmé comme une fiction sur l’école Sôtô, branche zen du bouddhisme. En quelques plans superbes, il filme l’arrivée des novices au temple de Eihei-Ji sous la neige, la chorégraphie des moines lustreurs de parquet.

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Chiken Kawaguchi, le cousin de Katsuya Tomita, et Ryûgyô Kurashimay ont fait leur initiation de bonze dans ce temple. Amis, tout semble les opposer : on les voit d’emblée juxtaposés sur l’écran et conduisant en sens contraire.

Ryûgyô roule en pick-up sur la route de Fukushima, terre dévastée. Il vient en aide à ceux qui sont condamnés à rester. Son temple détruit, il déblaie les gravats, comme ouvrier. Un soir de saudade, lorsqu’un de ses derniers fidèles lui demande où est la miséricorde de Bouddha ; il s’enivre à en vomir le saké local "kokken" (pouvoir national) sous l’enseigne lumineuse "zen".
Une image baignée de lumière laiteuse - "un flash back onirique" - hante Ryûgyô : des hommes semblent flotter sur l’eau tenant une perche. Quand la vague du tsunami a reflué, moines et pompiers sondaient le sol avec des bâtons pour exhumer les corps ensevelis.

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Chiken, moine de père en fils, a un mode de vie bourgeois en famille. Sa quête du zen l’amène à concilier le yoga et la cuisine évoquée en six saveurs (sucré, amer, pimenté, etc.). Le soir, il se consacre à la prévention du suicide (30 000 recensés en une année).
Il paraît filmé en majesté pieds nus dans la nature, le mont Fuji en arrière plan. Une cascade d’images recomposée en mosaïque tisse les liens d’interdépendance avec le monde, un axe de la pensée bouddhiste.

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Le dialogue entre Chiken et la nonne octogénaire Aoyama Shunto prend la forme de la maïeutique. Se rebeller est important, dit-elle, "Les fils de moine font rarement de bons moines". Tout en dénonçant le bouddhisme patriarcal corrompu (à l’exception des nonnes), elle donne une leçon de vie pour une sobriété heureuse même pour les mécréants et les athées.

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Chiken et Ryûgyô se retrouvent reconnectés sur la digue de Fukushima, l’ombre et la lumière alternent au gré du phare…
L’effroyable épreuve du désastre de Fukushima les a amenés à passer au crible les bases du bouddhisme. Le bonze Ryûgyô, commanditaire du film, interprète un moine qui, après avoir perdu son temple et ses fidèles, s’est suicidé.

Claudine Castel
Jeune Cinéma n°395, été 2019

1. Katsuya Tomita a découvert le cinéma et sa pratique avec des amis étudiants parmi lesquels son scénariste Toranosuke Aizawa. Chauffeur routier et ouvrier de chantier afin de financer ses films avec son collectif Kuzoku, il met en scène sa trajectoire à l’épreuve du réel, monde des exploités (travailleurs précaires japonais et brésiliens de Kofu ou prostituées thaïlandaises) pris en étau dans les transformations de la société capitaliste.
Above the Clouds (2003), tourné en Super 8, est centré sur la religion et la délinquance ; on y voit Chiken sortir de prison suite à des démêlés avec des yakuzas.
Suivent Off Highway (2007), Saudade (2011), Bangkok Nites (2016).


Tenzo. Réal, sc : Katsuya Tomita ; sc : Toranosuke Aizawa ; ph : Takuma Furuya, Masahiro Mukoyama. Int : Chiken Kawaguchi, Shinko Kondo, Ryugyô Kurashima, Shunto Aoyama (Japon, 2019, 63 mn). Documentaire.



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