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It Must Be Heaven (2019)
de Elia Suleiman
publié le mercredi 4 décembre 2019

par Bernard Nave
Jeune Cinéma n°395, été 2019

Sélection officielle en compétition au Festival de Cannes 2019

Sortie le mercredi 4 décembre 2019

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Elia Suleiman revient en grande forme dans un film où il porte à la perfection ce regard si particulier sur un monde que la mélancolie de son visage, de ses yeux, transforme en humaine comédie. De Nazareth, à Paris, à New-York, c’est partout sa Palestine qu’il porte avec lui, celle qu’il voudrait proposer dans un projet de film refusé par les producteurs français et américains.

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Surtout, c’est la place qu’il s’octroie dans l’espace qui le définit. Non pas marginal mais central. Central lorsqu’il se filme de face comme lorsqu’il surgit derrière le mur de sa terrasse pour surveiller son voisin venu s’occuper sans rien demander de ses citronniers. Central lorsque l’espace cadré par son regard délimite des champs totalement investis, colorés par la force et la subtilité des gags.

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It Must Be Heaven propose en effet dans chacune de ses séquences une idée comique fondée sur le gag. Prenons l’exemple de la vision des habitants de Brooklyn qui font leurs courses au supermarché, tous armés jusqu’aux dents d’armes automatiques en bandoulière, souriant aux caissières, elles aussi leur arme à portée de main. Jusqu’à l’employé qui sort un lance-roquettes du coffre de la voiture pour mieux charger les provisions d’un couple de clients.

Les idées de comédie proposent aussi une façon toute personnelle de filmer l’inattendu, comme cette vision d’un Paris désert où au fond d’une rue surgissent des chars, ceux qui vont rejoindre le défilé du 14 Juillet. Toute la partie parisienne du film propose une vision exceptionnelle de la ville, telle qu’on l’a rarement vue ainsi magnifiée au cinéma, dans une lumière estivale extrêmement belle.

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Si le personnage que compose Suleiman fait immanquablement penser à Keaton par son mutisme, il n’en propose pas moins une composition bien à lui, mélancolique et poétique dans un regard éclairé de l’intérieur.

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Un regard décalé par rapport à ce que l’on attendrait d’un Palestinien, mais qui peut-être justement peut se permettre de faire rire ou sourire par cette posture en porte à faux.
"Tout le monde boit pour oublier, les Palestiniens sont les seuls à boire pour se souvenir".

Bernard Nave
Jeune Cinéma n°395, été 2019


It Must Be Heaven. Réal, sc : Elia Suleiman ; ph : Sofian El Fani ; mont : Véronique Lange. Int : Elia Suleiman, Ali Suliman, Grégoire Colin, Vincent Maraval, Gael Garcia Bernal (France-Canada, 2019, 97 mn).



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