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Lola vers la mer (2018)
de Laurent Micheli
publié le mercredi 11 décembre 2019

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°398, décembre 2019

Sortie le mercredi 11 décembre 2019

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Lola vers la mer, deuxième long métrage de Laurent Micheli, succède au très remarqué Even Lovers Get the Blues (2016).
Après une brouille de deux ans, Philippe (Benoît Magimel) retrouve sa fille Lola (Mya Bollaers), lors d’un voyage éprouvant vers la côte belge, où ils vont disperser les cendres de la mère de Lola. De son vivant, elle seule comprenait la douleur de sa fille transgenre, elle avait même décidé de l’aider financièrement pour l’opération. Philippe ignorait tout et refusait catégoriquement de l’entendre. Embarqués dans une sorte de road-movie psychologique, le père et la fille vont tenter de dissiper le poids de la souffrance qui les étreint et les empêche de communiquer.

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Laurent Micheli offre à Benoît Magimel un rôle qui lui convient à merveille, fait de silence, de retrait, de perplexité et d’ahurissement. Voir sa fille après deux ans d’absence, les cheveux longs et colorés de rose, l’allure fragile et longiligne et l’entendre de sa voix rocailleuse lui dire qu’elle est transgenre - Mya Bollaers l’est véritablement -, le fait s’enfermer dans un mutisme épais et le rend totalement inabordable.

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Sur la route, se produisent quelques difficultés, sans gravité ; soudain, un orage éclate, le ciel filmé de l’intérieur de la voiture, à travers le cadre du pare-brise est splendide, un tableau changeant sous la lumière. La séquence dure le temps de l’orage. De longs éclairs griffent le ciel, Benoît Magimel accuse le coup, comme lui-même griffé par les éclairs, comme si l’orage habitait sa tête et provoquait un éclatement de son cerveau, littéralement une explosion. Ce fracas qu’il perçoit dans sa chair est celui qu’il ressent dans son esprit, son visage bloqué dans l’expression figée du refus de la transidentité de Lola. La caméra enregistre, au plus près, les moindres clignement, plissement, frémissement de sa peau ou tremblement de ses lèvres. Il est dans un état de sidération comme l’orage qui n’en finit pas d’éclater. La nouvelle lui arrache le cœur.

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On peut comprendre qu’une telle annonce provoque un bouleversement chez un père, on peut comprendre aussi que les femmes y soient plus sensibles, encore plus si elles appartiennent à une minorité - ce sont les prostituées qui acceptent Lola et l’entourent d’affection. On peut comprendre tout cela, avec le temps et l’amour que l’on porte à son enfant. C’est ce qui semble heureusement se profiler ici : un simple geste ouvrira le cœur de Philippe à Lola.

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Laurent Micheli s’est attaqué à un sujet d’actualité, d’un réalisme cru, où la vérité du jeu de l’actrice Mya Bollaers est surprenante. Son corps porte, comme chez tout adolescent, quelque chose de malhabile, bras trop grands, gestes maladroits, attitudes dégagées de toute contenance, il porte aussi la force vitale d’affirmer son identité dans un monde peu préparé à la tolérance. Lola a retrouvé un père, elle peut vivre sans crainte sa vie de fille.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°398, décembre 2019


Lola vers la mer. Réal, sc : Laurent Micheli ; sc : Marion Doussot, Agnès Feuvre ; ph : Olivier Boonjing ; mont : Julie Naas ; mu : Raf Keunen. Int : Benoît Magimel, Lya Bollaers, Els Deceukelier, Sami Outalbali, Delphine Bibet (France-Belgique, 2018, 90 mn).



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