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Talking About Trees (2019)
de Suhaib Gasmelbari
publié le mercredi 18 décembre 2019

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°398, décembre 2019

Sortie le mercredi 18 décembre 2019

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Ils ont quitté leur pays, le Soudan, dans les années 70, pour étudier le cinéma en Allemagne et /ou en Union soviétique, à l’Institut national de la Cinématographie, le VGIK de Moscou. Ibrahim Shaddad, Manar Al Hilo, Eltayeb Mahdi et Suleiman Mohamed Ibrahim sont quatre amis fous de cinéma.

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À leur retour, en 1989, ils créent le Sudanese Film Group et programment régulièrement à La Révolution, le cinéma de Khartoum. La même année, c’est le coup d’état islamiste et l’arrivée au pouvoir d’Omar Al-Bachir. Le Soudan entre pour trente ans dans la dictature.

La Révolution est un lieu magique, hanté par les gens et les films qui ont été projetés sur l’écran gigantesque. Au milieu de la ville pauvre, c’est un cinéma en plein air, décrépi, abandonné, sale, si vétuste que plus rien ne fonctionne. Un cinéma à l’image du pays, pays qu’ils ont quitté durant de longues années d’exil, et qui depuis le 11 avril 2019, date de la destitution du dictateur islamiste et de son emprisonnement, retrouve courage et continue de se battre contre les généraux. Le combat a un visage, celui de Alaa Salah, une très jeune architecte soudanaise, icône de la révolution.

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Les quatre amis se retrouvent aujourd’hui face à la caméra de Suhaib Gasmelbari, alors qu’ils tentent de restaurer La Révolution et d’organiser une soirée cinéma, précédée d’un spectacle de danse pour le public.

Ce qui est exceptionnel dans ce documentaire, c’est la personnalité de chacun, leur façon d’être, présents et ailleurs, leurs voix qui s’illuminent à l’évocation des souvenirs, merveilleux et terribles, les extraits de leurs films réalisés, en noir & blanc, celui de Ibrahim Shaddad, retrouvé, superbe.

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Par ailleurs, on le voit tourner dans le film avec son portable, suivant son ami Manar Al Hilo dans des lieux du cinéma, inconfortables et puants de saleté, prenant des postures proches de celles que l’on imagine dans les cellules de prisons. Ils ont souffert, ils le disent avec poésie et humour, et une dignité exemplaire, sans pathos ni épanchements, mais, au contraire, toujours avec la plus grande élégance, pour reprendre approximativement une de leurs phrases, "Il est indécent de parler des arbres quand tant de crimes ont été commis".

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L’humour est toujours présent, imprégné de mélancolie : Ibrahim Shaddad fait visiter le cinéma à son dromadaire, lui expliquant les règles d’usage, plus loin il rit de compter autant de mosquées autour du cinéma et de devoir obturer le projecteur pendant la prière. Tous veulent transmettre l’histoire du cinéma, leur patrimoine, la culture de l’image, et montrer leurs propres films dans leur pays.
Mais ils se heurtent au mur, puissant et insurmontable, de la sécurité nationale et de toutes les sécurités diverses et variées du régime, au point qu’ils renoncent à leur soirée. Le regard lointain porté vers l’avenir d’une révolution possible, côte à côte, ils demeurent assis dans leur cinéma, espérant une prochaine séance.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°398, décembre 2019


Talking About Trees. Réal, sc, ph : Suhaib Gasmelbari ; mont : Nelly Quettier & Gladys Joujou. Int : Ibrahim Shaddad, Manar Al-Hilo, Eltayeb Mahdi, Suliman Ibrahim
(France-Soudan-Tchad-Allemagne, 2019, 93 mn). Documentaire.



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