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JC n°398 - décembre 2019

publié le vendredi 27 décembre 2019
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JEUNE CINÉMA n°398, décembre 2019

Couverture :
Olivier et Quentin Smolders, Démons et merveilles, exposition du Centre Wallonie-Bruxelles (janvier-mars 2020)

Quatrième de couverture :
La Part de l’ombre de Olivier Smolders (2013) ©Jean-François Spricigo

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ÉDITO JC n° 398, décembre 2019

 

"L’affaire" Polanski. On a longtemps hésité à l’aborder, puisqu’il s’agit d’une affaire judiciaire, traitée par la justice américaine pour des faits survenus aux États-Unis. Sauf erreur, la justice française n’a pas eu à intervenir, tant que les actions dont est accusé le cinéaste n’ont pas donné lieu à un dépôt de plainte. Pour l’instant, aucune inculpation ni mise en examen n’ont été prononcées. Qu’il soit un jour jugé coupable (ou non) est une décision qui appartient aux magistrats (et aux jurés d’assises, puisque le viol est un crime). Que chacun ait un avis, qui repose sur l’opinion que l’on a du réalisateur, le plaisir ou le déplaisir éprouvés devant ses films, son passé, ses déclarations, c’est la moindre des choses - difficile d’échapper au flux tendu des informations. On peut choisir de ne plus voir ses films, de se débarrasser de ses DVD ou de ses livres. Tout attitude est possible, et justifiable, tant qu’elle demeure individuelle.

Mais lorsque le procès est mené publiquement, par des associations ou des collectivités qui se substituent à la justice, le problème change de catégorie. Des piquets d’opposants qui bloquent une salle, un gérant d’espace qui intervient dans une programmation de ciné-club (Ciné-Caro, à Paris, a dû ajourner, en décembre 2019, la projection de Lunes de fiel) ou le maire d’Ivry qui décide de faire disparaître J’accuse du cinéma municipal (pour "troubles à l’ordre public", comme L’Âge d’or en 1930), c’est là franchir des limites qu’on pensait, naïvement, intangibles. Celles de la liberté d’expression - qu’on nous pardonne d’utiliser ce concept fourre-tout bon à toutes les sauces, mais on n’en a pas trouvé d’autre - et de la liberté d’édition et de programmation. On pensait disparue l’utilisation du goudron et des plumes et de la loi de Lynch, mais les rézosocios les ont réactualisées.

Au fait, puisque ce n’est plus la valeur de l’œuvre qui importe, mais la moralité de son auteur, pourquoi se limiter à Polanski ?
Tous ces écrivains et ces artistes qui ont eu des pratiques inappropriées, André Gide et les petits maghrébins, Gauguin et ses Tahitiennes impubères, Pierre Louÿs et les jeunes Algériennes, Pasolini et ses ragazzi pas tous majeurs, Lewis Carroll et son harcèlement (seulement photographique ?) d’Alice Liddell, Verlaine détournant Rimbaud à 17 ans, et Sade, horresco referens… Et si Nabokov était un mari parfait, comment accepter sa Lolita de 13 ans et son Humbert Humbert à la perversité diabolique ? Quel superbe feu purificateur nourriraient tous leurs livres ! (1)
Sans oublier, allons jusqu’au bout, les films signés Gus Van Sant, Martin Scorsese, Quentin Tarantino, Peter Jackson ou Michael Moore, tous complices de Harvey Weinstein qui les a produits et dont il faut interdire immédiatement les projections.

Est-il besoin de préciser que, quelles que soient les éventuelles suites judiciaires des affaires en cours, chapitre qui nous échappe, nous persisterons à considérer Cul-de-sac génial et D’après une histoire vraie très mauvais, à nous souvenir du Gone du Chaâba de Christophe Ruggia comme d’un film remarquable, et à relire, si ça nous chante, des écrivains immoraux ou mis à l’Index. Face à une œuvre, nous n’avons pas à juger si son auteur pensait bien ou agissait mal, ni à lancer d’anathème, comme les procureurs autoproclamés. La justice est une institution, pas un défouloir.

Mais évoquons des choses plus amusantes, comme la remise du prix Louis-Delluc à Bruno Dumont, pour Jeanne, que nous ne commenterons pas, ayant déjà écrit (n° 394, p. 16) sur le film le peu que nous avions à en dire. D’autres avis se sont exprimés ici (n° 395, p. 48), ce qui prouve que Jeune Cinéma ne connaît pas le monolithisme. Saluons en revanche, même si nos confrères viennent après les jurés du prix Jean-Vigo, le Delluc du premier film à Vif-argent de Stéphane Batut, jolie victoire pour l’ACID, décidément bien inspirée dans sa programmation cannoise.

Nous avions annoncé en octobre 2019 que nous reviendrions sur Olivier Smolders et sur Gérard Mordillat.
Mais les 118 pages de ce numéro 398 de fin d’année n’étaient pas suffisantes pour traiter convenablement l’un et l’autre cinéaste. Le premier a été choisi en priorité, car l’exposition que lui consacrera en janvier le Centre Wallonie-Bruxelles sera presque achevée lorsque paraîtra le n° 399. En revanche, les DVD du second - sa passionnante série documentaire Travail Salaire Profit, éditée par Arte dans un copieux coffret de six galettes, ainsi que quatre de ses films de fiction, Fucking Fernand (1987), Cher Frangin (1988), Paddy (1999) et le très étonnant Le Grand Retournement (2012), édités par Les Films du Paradoxe - sont accessibles dans les bacs des disquaires, et pour longtemps encore, souhaitons-le. Nous rendrons compte dans le prochain numéro du plaisir et de l’intérêt éprouvés à leur (re)découverte.

Plusieurs ouvrages sur le cinéma italien nous sont parvenus.
Faute d’espace pour une recension immédiate, on les recommande sans barguigner : La Rome d’Ettore Scola (Michel Sportisse), Dictionnaire du cinéma italien 1922-1945 (Alessandro Corsi), L’Italie au miroir de son cinéma, vol. 3 (Jean A. Gili dir.). En y ajoutant les rééditions de films de Luigi Comencini chez Tamasa, il y a là de quoi occuper quelques journées durant la parenthèse "festive" qui menace. On mettra dans le même panier d’étrennes les Chroniques cinématographiques de Bernard de Fallois, dont la lecture révèle un critique inconnu (il écrivait sous pseudonyme), mêlant intelligence, sensibilité et partis pris souvent irritants, mais styliste à l’ancienne, ce qui est fort agréable.

Lucien Logette

P.S. Erratum : Dans le n° 396-397, sur la photo de la page 21, il ne s’agissait pas de Kôji Yokusho, mais de Ken Watanabe.

1. À ce propos, félicitons les Éditions Bartillat d’avoir édité récemment un roman inédit de Pierre Louÿs, préfacé par Jean-Paul Goujon, Deux filles de leur père, qui figurerait en bonne place sur le bûcher.



 

SOMMAIRE JC n°398, décembre 2019

 

Cinéma français

* Chanson douce, par Gisèle Breteau Skira.
* Rencontre avec Lucie Borleteau, par Gisèle Breteau Skira.

Du monde entier
Olivier Smolders

* Secondes notes sur Olivier Smolders, par Lucien Logette
* Raccord singulier, duel au pluriel, par Emmanuel d’Autreppe.
* Nosferatu, Contre Dracula, par Lucien Logette.

Festivals

* Syros 2019, par Laetitia Kulyk.
* Dinard 2019, par Nicole Gabriel.
* Biarritz 2019, par Nicole Gabriel & Nicolas Villodre.
* Arras 2019, par Alain Souché.

Patrimoine

* Inferno 21 : Avant moi, le déluge, par Jean-Paul Combe & Vincent Heristchi.
* Sur trois films de Paul Paviot, par Nicolas Villodre.

DVD

* Glanures, de D.W. Griffith à Pascal Cling, par Philippe Roger.
* Variétés, d’Auschwitz à Attica, par Robert Grélier.
* Il était une fois Jean Rouch, par Nicole Gabriel.

Cinéma et littérature

* Toute la mémoire du surréalisme XI : Wolfgang Paalen, par Robert Grélier.

Musique et cinéma

* Last Whispers de Lena Herzog, par Nicolas Villodre.

Expositions

* Op’ Art et cinéma, par René Prédal
* Vampires, de Dracula à Buffy, par Nicolas Villodre

Actualités

* Système K, par Gisèle Breteau Skira.
* Cunningham, par Nicole Gabriel.
* Lillian, parGisèle Breteau Skira.
* Echo, par Gisèle Breteau Skira.
* Pahokee, par Jean-Max Méjean.
* Nina Wu, par Gisèle Breteau Skira.
* Le Choix d’Ali, par Jean-Max Méjean.
* Jeune Juliette, par Jean-Max Méjean.
* Ceux qui nous restent, par Bernard Nave.
* Lola vers la mer, par Gisèle Breteau Skira.
* Talking About Trees, par Gisèle Breteau Skira.

Livres

* Michel Estève, Bernanos au cinéma, par René Prédal
* Loïc Gautelier, Mireille Balin, par René Prédal.
* Nora Mitrani, Chronique d’un échouage, par Robert Grélier.
* Pascal Couté, De l’inhumain chez Steven Spielberg, par René Prédal.
* Bertrand Tavernier, Amis américains, par Lucien Logette.
* Jean-Claude Chemin, Et Tati créa Monsieur Hulot, par Daniel Sauvaget.

Nécrologie

* Jean Douchet, par Bernard Chardère.

Humeurs

* La critique de cinéma à vif, par Bernard Chardère.

JEUNE CINÉMA n°398, décembre 2019



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