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Echo (2019)
de Runar Runarsson
publié le mercredi 1er janvier 2020

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°398, décembre 2019

Sélection officielle du Festival de Locarno 2019

Sortie le mercredi 1er janvier 2020

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Dans le paysage cinématographique européen, rares sont les films islandais.
Echo est cependant le cinquième long métrage du réalisateur Runar Runarsson, qui, en 2015 obtient la Coquille d’or au Festival de San Sebastian pour son film Prestir (Sparrows).

Il réalise avec Echo un portrait subjectif, fragmenté et construit de la société islandaise, sorte de vision kaléidoscopique qui, à chaque nouveau plan, se métamorphose, déployant l’éventail de différentes classes sociales, métiers et croyances.

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À travers une série d’une vingtaine de plans fixes, dans lesquels s’activent des individus à un moment donné de leur existence et notamment durant les fêtes de Noël, s’échafaude peu à peu une grande fresque sociale et psychologique de l’Islande contemporaine.
Le film est hanté par la mélancolie, due probablement aux six mois nocturnes de l’année, mais aussi par la teneur sentimentale des différentes scènes filmées. Chacune décline dans la sobriété de la mise en scène des situations de troubles affectifs, de solitude et de besoin de se confier.

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Le réalisateur veut-il référer au fameux opuscule de Stig Dagerman, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier ? La brièveté des plans d’une scène à l’autre cadre et contient tout débordement émotionnel qui pourrait surgir par simple empathie.
La conversation téléphonique d’un jeune garçon dans le solarium, avouant à sa mère lointaine le manque de soleil ; la jeune fille triste que son père, pianiste, donne des cours à la fille de sa maîtresse ; le gardien d’immeuble qui, seul, débouche une bouteille et boit un coup ; la jeune femme qui demande pardon à son amie de classe ; la visite d’une femme à son père malade qui reste sans voix devant elle ; la traque de deux migrants réfugiés dans l’église luthérienne ; la maison en proie aux flammes afin d’éviter les coûts de restauration ; la longue queue des familles pauvres devant la banque alimentaire de la Croix-Rouge.

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Cette succession d’images, toujours parfaites dans leur composition, d’une force d’évocation exemplaire, parfois muettes, donne une idée d’une société isolée du reste du monde, prise entre le froid et la nuit, la bière et l’ennui.
Autant d’images habitées d’une charge émotive, dans un film à mi-chemin du documentaire et de la fiction, voire même du cinéma expérimental. Jusqu’au dernier plan du bateau en pleine mer, sur lequel le spectateur croit être seul sur le pont.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°398, décembre 2019


Echo. Réal, sc : Runar Runarsson ; ph : Sophia Olsson ; mont : Jacob Secher Schulsinger ; mu : Kjartan Sveinsson. Int : Bjarki Thor, Ragnar Jönsson, Sigumar Albertsson, Sif Arnarsdottir (Islande, 2019, 79 mn).



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