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Nina Wu (2019)
de Midi Z
publié le mercredi 8 janvier 2020

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°398, décembre 2019

Sélection officielle Un certain regard au FestIval de Cannes 2019

Sortie le mercredi 8 janvie 2020

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Présenté cette année à Cannes dans la section Un certain regard, Nina Wu, du réalisateur taïwanais d’origine birmane Midi Z, retrace l’épreuve sexuelle traumatisante et destructrice subie par Wu Ke-xi, actrice et scénariste du film. Wu Ke-xi est Nina Wu, elle joue devant la caméra son propre rôle. Tout commence par une audition pour un long métrage, tout aboutit de façon inéluctable à l’affaire Weinstein.

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Le film est constitué d’allers et retours entre la réalité des faits et le cauchemar inscrit au profond de l’inconscient de Nina.
Avec habileté, Midi Z estompe les frontières entre présent et passé, entre rêve, fantasme et réalité du monde, comme entre ce qui est joué et ce qui est du domaine de l’imaginaire. Il donne à l’image une sorte de flou, parfois coloré de rouge ou de blanc, aux situations dont on ignore si elles ont eu lieu ou si elles doivent se produire, un peu à la manière de David Lynch, dans lequel les ombres, ou encore la lisière des images non définies sont en expansion et suspension dans l’espace du cadre, prêtes à se superposer ou se fondre, telles des ombres spectrales.

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Ainsi, par exemple, lors du tournage du film dans le film, les images terrifiantes de l’abandon de l’actrice dans les eaux tumultueuses et les flammes. Images éprouvantes de castings brutaux devant le producteur, de scènes de lutte sanglante entre les deux actrices pour obtenir le rôle. Images émouvantes du combat des femmes pour leur liberté sexuelle et contre l’homophobie en Asie, telle la séquence auprès de son amie Kiki. Excepté ces quelques scènes emblématiques, le film comporte peu de scènes composées, entrecoupées souvent, à l’instar de David Lynch, par de longs travellings dans des couloirs d’hôtels.

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Mais ce sont à chaque fois des scènes d’une grande puissance évocatrice, jusqu’à celle du viol, la dernière, d’autant plus traumatisante qu’elle constitue, dans sa non-violence, l’humiliation la plus insurmontable. Comme si le geste du viol était un acte des plus anodins, exécuté de la façon la plus normale, parce qu’un corps et un esprit sont à disposition, comme n’importe quel objet.

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Le film de Midi Z est un manifeste contre les abus de pouvoir des hommes sur les femmes dans le milieu du cinéma. En réinterprétant son histoire devant la caméra, Wu Ke-xi tente de surmonter le traumatisme. Son jeu est remarquable, servie par une mise en scène inventive, sobre et étouffante comme le sujet.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°398, décembre 2019


Nina Wu (Zhuo ren mi mi). Réal, sc : Midi Z ; sc : Wu Ke-xi ; ph : Florian Zinke ; mont : Matthieu Laclau, Tsai Yann-shan ; mu : Giong Lim. Int : Wu Ke-xi, Vivian Sung, Kimi Hsia (Taïwan, 2019, 102 mn).



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