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Système K (2018)
de Renaud Barret
publié le mercredi 15 janvier 2020

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°398, décembre 2019

Sélection officielle section Panorama à la Berlinale 2019

Sortie le mercredi 14 janvier 2020

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Système K un film vertigineux, une immersion étourdissante en plein cœur de la ville de Kinshasa, République démocratique du Congo.
Une ville transformée par ses artistes en une vaste galerie d’art contemporain, dans laquelle chacun s’exprime contre l’oppression et l’indifférence de l’État face à la pauvreté du pays. Les artistes entraînent avec eux la population tout entière, qui s’identifie aux images et aux performances qu’ils fabriquent. L’un d’eux, Béni Baras, métis SDF, explique face caméra : "Si je ne faisais pas de l’art, je serais mort."

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Les images de Renaud Barret traduisent cette urgence à dire, à crier la souffrance d’un peuple et l’impossibilité de vivre dignement. Il réalise un documentaire d’art brut, dans cette succession de portraits d’artistes de rue. Il filme les uns et les autres avec le même souci de capter l’insaisissable individualité, riche et complexe, constituée de traditions, de rituels et de projections sur le futur. Il n’y a pas de projet artistique, il n’y a que des messages à faire entendre, criant l’angoisse de l’avenir et la colère du présent. L’art est dehors, l’art est dans la ville parmi les gens. Le réalisateur montre des performances saisissantes d’invention et de force, étonnantes sur le plan symbolique pour un pays qui manque cruellement d’installations d’eau et d’électricité, à deux pas du Congo, un des plus grands fleuves du monde.

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Celle de L’Homme électrique, du duo Flory et Junior, recouvert de bandages laissant apparaître une ampoule à l’endroit du sexe et un interrupteur, proche formellement de La Robe lumineuse (1956) de Atsuko Tanaka, artiste du mouvement japonais Gutaï.
Ou encore le plan fixe, en prise de vue frontale, sur la femme à la moitié du visage peinte en blanc, vêtue d’une jupe d’écorces et d’une chemise ensanglantée, tenant dans ses bras une chèvre morte, n’est pas loin de L’Homme au mouton de Picasso, œuvre engagée contre tous les massacres réalisée en 1943.

D’autres performances accusatrices, comme celle contre l’Église évangélique - un homme nu, mains et pieds liés par une corde, rampe sur le sol boueux, tenant la Bible entre ses mains jointes. Ou, plus violente, celle intitulée Bain de sang de Yas Llunga & Majestikos : un homme vêtu de blanc, maculé de sang, traverse Kinshasa debout, tiré dans une baignoire rougie.

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Autant d’actes artistiques qui interrogent la puissance de l’image et la puissance de l’imaginaire des artistes, face aux atrocités des guerres.

Freddy Tsimba, sculpteur, récupère les déchets d’armes, douilles, machettes, qu’il assemble en d’imposantes silhouettes d’acier.
Ou encore Kongo Astronaut, qui se balade à travers la ville, revêtu d’une combinaison spatiale composée d’objets électroniques détruits.

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Un collectif de musiciens, Kokoko !, qui recyclent avec une rare inventivité tout objet électroménager, accompagne la déambulation, rythmée par les frappes d’une machine à écrire sur une boite de conserve…

La ville est en ébullition, une énergie folle s’en dégage, les artistes font rêver les enfants et leur ouvrent les yeux sur le monde.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°398, décembre 2019

Système K. Réal, sc, ph : Renaud Barret (France, 2018, 94 mn). Documentaire.



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