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Photographe (le) (2019)
de Ritesh Batra
publié le mercredi 22 janvier 2020

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 22 janvier 2019


 


La naissance du désir entre deux personnes que rien ne rapproche sauf le hasard, est, depuis The Lunchbox, et Nos âmes la nuit (1), le thème préféré de Ritesh Barta, réalisateur indien originaire de Bombay.
Cette fois, de nouveau, il tisse lentement, entre Miloni (Sanya Malhotra), jeune étudiante issue de la classe moyenne de Bombay, et Rafi (Nawazuddin Siddiqui), photographe d’origine modeste, une relation amoureuse qui promet d’être durable.


 

L’art de Ritesh Batra se distingue par une perception du temps très particulière, les jours se succèdent, sans événement notable, mais teintés de lumière, lumière de l’incertain de l’existence, qui malgré toutes les misères et les difficultés, semble presque enchantée et enrobée de douceur de vivre. Un film tourné vers le passé, laissant entrevoir, par le désir de ses protagonistes, une issue moderne.


 


 

Il y a quelque chose du cinéma de Ozu chez Batra, une immobilité des plans attachée à une extrême densité du présent et du silence. Miloni, assise à son bureau tous les soirs, songe à la quiétude de la journée passée mais aussi à sa liberté de femme. Saura-t-elle franchir le pas, affronter ses parents qui veulent la marier, penser à elle et savoir s’éloigner de sa famille sans en être malheureuse ?


 

Entre ces deux individus que tout sépare, la religion, la classe sociale, la culture, mais aussi la différence d’âge, croît petit à petit une attirance réciproque. L’expression des visages varie au rythme des jours et des sentiments amoureux. La grand-mère de Rafi, loin d’imaginer l’organisation de la rencontre, adopte la future femme de son petit-fils dans une relation de confiance et de sagesse.


 

Plus tard, Miloni évoque un souvenir heureux de son enfance, la boisson Campa-Cola qu’elle buvait avec son père. Souvenir qui suscite une envie d’entreprendre, inimaginable jusqu’alors, chez Rafi, soudain convaincu de son importance, s’il veut imaginer une vie auprès de Miloni. La vision onirique de l’entreprise délabrée de Campa-Cola est filmée dans une lumière blanche comme un rêve, la silhouette du propriétaire apparaît fantomatique, est-ce déjà le rêve de sa vie ?


 

Ritesh Barta peint à travers ces deux personnages un portrait de l’Inde d’aujourd’hui qui lutte contre sa misère en s’ouvrant à toutes sortes de programmes de modernisation, ou à la libre entreprise comme celle de Rafi...

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma en ligne directe

1. The Lunchbox (Dabba) (2013) a été sélectionné à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes en 2013, et à de nombreux festivals du monde.
Nos âmes la nuit (Our Souls at Night, 2017) est son troisième long métrage, après, la même année, The Sense of an Ending (2017).


Le Photographe (Photograph) Réal, sc : Ritesh Batra ; ph : Ben Kutchins ; mont : John F. Lyons. Int : Nawazuddin Siddiqui, Sanya Malhotra, Farrukh Jaffar, Abdul Quadir Amin. (Inde-Allemagne-USA, 2019, 109 mn).



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