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Qu’un sang impur… (2019)
de Abdel Raouf Dafri
publié le mercredi 22 janvier 2020

par Bernard Nave
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 22 janvier 2019

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Comment faire aujourd’hui un film sur la guerre d’Algérie, surtout lorsque l’on est né en France de parents algériens ?
Abdel Raouf Dafri (coscénariste de Un prophète, scénariste de Mesrine, de la série Braquo) (1) choisit un angle d’attaque minimaliste et, au finale, pertinent car il met à nu les mécanismes d’une sale guerre et les comportements humains qui en sont le fruit, des deux côtés. Il ne s’agit pour lui, à aucun moment, de renvoyer les deux camps dos à dos dans une sorte de symétrie impossible. Le film est d’ailleurs dédié au peuple algérien et aux appelés français.

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L’histoire que raconte Abdel Raouf Dafri se situe dans les Aurès en 1960.
Paul Andreas Breitner, un officier, revenu du Vietnam, accompagné d’une ancienne combattante du groupe de commandos qu’il dirigeait, Soua Ly Yang, se voit confier la tâche de retrouver un camarade disparu, du nom de Simon Delignières. Avec un sergent-chef sénégalais et un jeune engagé volontaire fasciné par la guerre et les armes, le groupe avance en territoire ennemi. En cours de route, une jeune Algérienne membre du FNL, spécialiste en explosifs, complète le commando pour des raisons toute personnelles.

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La progression du groupe permet de mettre à jour la réalité des affrontements, dans le décor aride des Aurès qui fut une des régions les plus affectées par la guerre. Lorsque le groupe parvient à dénicher Delignières, ils ont la surprise de voir un soldat perdu à la tête d’un groupe de rebelles algériens. La confrontation entre les deux anciens rescapés de Dien-Bien-Phu constitue un moment fort du film. C’est, en quelque sorte, la mise à nu de la continuité coloniale qui apparaît dans toute son évidence. Avec cette pointe de lucidité folle chez Delignières que Olivier Gourmet exprime avec force.

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Cette dimension du scénario n’efface pas le contexte de violence des affrontements. La première séquence du film montre des exécutions sommaires pendant que sont projetées dans la cour du campement français des actualités avec un discours de de Gaulle. On sent que la fin de la guerre n’est plus très loin et que les affrontements ne peuvent que devenir plus sanglants, aussi bien entre Français et Algériens qu’entre Algériens eux-mêmes.

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Abdel Raouf Dafri tient la juste distance dans sa manière de gérer son récit. L’adjectif impur du titre s’applique justement à la nature de tout le sang versé.
Qu’un sang impur… fait aussi référence aux paroles de la Marseillaise.
Celle que l’on impose à des paysans regroupés dans un camp, obligés de chanter des paroles qu’ils ne comprennent pas. Marseillaise merveilleusement chantée en Arabe sur le générique final en un contrepoint saisissant.

Bernard Nave
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Mesrine. L’Instinct de mort et Mesrine. L’Ennemi public n°1, une œuvre en 2 volets de Jean-François Richet (2008) ; Un prophète de Jacques Audiard (2009).
Dans Braquo, série télévisée créée par Olivier Marchal, (2009-2016), Abdel Raouf Dafri est le scénariste des saisons 2 (2011), 3 (2013) et 4 (2015).
Qu’un sang impur… est le premier film de Abdel Raouf Dafri comme réalisateur.


Qu’un sang impur… Réal, sc : Abdel Raouf Dafri ; ph : Michel Amathieu ; mu : Eric Neveux. Int : Johan Heldenbergh, Linh-Dan Pham, Olivier Gourmet, Lyna Khoudri (France, 2019, 109 mn).



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