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Arguments (2019)
de Olivier Zabat
publié le mardi 4 février 2020

par Nicole Gabriel
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection officielle du Festival de Locarno 2019

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L’assez long documentaire de Olivier Zabat, Arguments, se polarise autour d’une demi-douzaine de personnages vivant en vase clos, hantés par des voix qu’ils veulent apprivoiser dans le cadre d’une communauté psychiatrique ou antipsychiatrique du Hertfordshire, au nord de Londres. Quelques plans extérieurs aident à localiser l’endroit, qui montrent une campagne verdoyante ornée de fougères et d’ajoncs, un site mégalithique, une petite cité saturée d’HLM de mauvais béton. Et, au finale, une échappée belle vers la mer.

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Le quotidien de ce groupe restreint est dépeint avec minutie, par petites touches. On assiste à des séances de thérapie, à des sorties au pub, à une fête improvisée sur place. Et l’on comprend, peu à peu, que ceux qui se définissent eux-mêmes comme des voice hearers (des "entendeurs de voix") sont des sujets atteints de schizophrénie. Par la parole, ceux-ci cherchent, d’évidence, à exorciser un mal chronique.

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Une scène significative est consacrée à une discussion qui vise à surmonter le sentiment de honte. Tout se passe comme si, en écoutant et en répétant ad lib. la voix de cet autre qui est en eux, les patients tentaient de se retrouver. Émus, dans le calme, ni surexcités, ni en transe - ces séances ne relèvent aucunement du spiritisme -, ils prennent eux-mêmes des voix, les jouent, les enregistrent, les réécoutent au casque.

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Aucune trace de blouses blanches. On ne sait qui est soignant, qui est soigné.
L’institution ne donne aucun signe qui la trahisse. La maison a tout d’une modeste demeure. Des chiffres sur une porte indiquent qu’elle a fonction hôtelière ou hospitalière. On apprendra par le déroulant conclusif que l’expérience thérapeutique est sous l’égide de l’Université de Hertfordshire. Et l’on assiste dans un amphithéâtre à la prise de parole d’un des protagonistes faisant face à un public d’étudiants et/ou de soignants.

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Mis à part un individu qui demeure seul en compagnie d’un chat, la plupart du temps, les malades vivent en collectivité. Apparemment sans heurt. On ne les voit jamais effectuer de tâches ménagères, ce qui pourrait signifier que celles-ci sont accomplies par un personnel maintenu hors champ. De même, on peut penser sans en être sûr, qu’ils ne prennent pas de médicaments. Les malades n’ont jamais le regard vide de ceux qui sont drogués.

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On s’attache au cas particulier de chacun, mais ce qui ressort du film est la solidité ou solidarité d’ensemble, cette impression familiale et familière. Le thème s’y prêtant, Arguments a une structure quasiment musicale. La bande est donc montée et, avant tout, mixée. Elle s’ouvre sur les chants d’oiseaux, des sons naturels, l’appel de l’animal domestique, puis se développe avec des accents, des intonations, des tessitures diverses, pour s’achever sur un arrangement vocal quasi opératique.

Arguments s’écoute plus encore qu’il ne se voit. Le travail sur la voix a un effet cathartique qui permet aux participants de retrouver leur unité. Il faut dire que la devise du comté de Hertfordshire est Trust and fear not.

Nicole Gabriel
Jeune Cinéma en ligne directe


Arguments. Réal, ph : Olivier Zabat ; sc, mont : Emmanuelle Manck ; son : Thomas Fourel (France, 2019, 108 mn). Documentaire.



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