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Lara Jenkins (2019)
de Jan-Ole Gerster
publié le mercredi 26 février 2020

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°399-400, février 2020

Sortie le mercredi 26 février 2020

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Après Oh Boy, une journée filmée à Berlin dans un noir & blanc sublime, l’histoire de Lara Jenkins se déroule sur vingt-quatre heures, toujours à Berlin, dans des décors minimalistes, éclairages et couleurs tamisés, cadres rigoureusement délimités.
Lara Jenkins, séparée de son mari, a 60 ans le soir même où son fils Viktor, dont elle est sans nouvelle depuis plusieurs mois, donne son premier concert de piano.

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Jan-Ole Gerster suit son personnage du matin au soir, dans ses moindres agissements, tissant petit à petit une espèce de labyrinthe invisible à partir de ses différents trajets dans la ville, trajets dont la finalité répond à l’anxiété d’être de Lara.
On ne sait rien de cette femme, interprétée avec beaucoup de nuances et d’intériorité par Corinna Harfouch, et pourtant, autour d’elle, les événements et les personnages secondaires semblent la comprendre, lui fabriquer un caractère, une personnalité, austère, exigeante et narcissique.

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Elle déambule dans la ville, préoccupée, pressée ou désœuvrée, rend visite à sa mère qui la traite d’égoïste ; elle lui donne reçoit une gifle en guise de réponse et la quitte. Abandonnée par ses proches, par son fils, par sa mère et par son mari qui ne cesse de lui reprocher son attitude, elle se referme.

Qui est-elle ? Une femme qui a cru devenir pianiste, une mère qui s’est investie dans les études musicales de son fils, qui y croit et qui, malgré tout vit dans la crainte qu’il échoue, comme elle, - un échec vécu des années plus tôt et dont elle ne s’est jamais remise.

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Avec beaucoup de finesse, le réalisateur dessine un portrait de femme au bord de l’effondrement, qui ne sait plus où se tourner pour vivre sa vie, ni comment accepter et reconnaître le talent de son fils. Celui-ci, interprété par le jeune Tom Schilling, est bouleversant de pudeur et de retenue et, devant sa mère, maîtrise l’émotion jusqu’à la froideur.

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C’est un film sur le pourquoi de l’échec et du succès, sur l’existence de l’art et le talent, sur les rapports parents-enfants, l’enfant prodige et la mère, meurtrie d’avoir échoué, protectrice jusqu’à l’étouffement et, de toutes façons, coupable de n’avoir pas su prendre la distance nécessaire au moment voulu pour laisser son fils libre de s’exprimer, de composer et de vivre sa musique. Un film sur l’errance psychologique, affective et physique d’une femme, et le silence d’une mère pour se faire pardonner.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°399-400, février 2020


Lara Jenkins (Lara). Réal : Jan-Ole Gerster ; sc : Blaz Kutin ; ph : Frank Griebe ; mont : Isabel Meier ; déc : Kade Gruber. Int : Corinna Harfouch, Tom Schilling, André Jung, Volkmar Kleinert (Allemagne, 2019, 98 mn).



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