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Rainer, Yvonne (née en 1934)
Musée du Jeu de Paume (4-30 novembre 2014).
publié le mardi 25 novembre 2014

The Yvonne Rainer Project. De la chorégraphie au cinéma
Musée du Jeu de Paume (4-30 novembre 2014).

par Nicole Gabriel
Jeune Cinéma en ligne directe

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Avec The Yvonne Rainer Project, de la chorégraphie au cinéma, le musée du Jeu de Paume présente, pour la première fois en France, une rétrospective consacrée à cette danseuse cinéaste, une des figures historiques de la postmodern dance.

Nous avons choisi de traiter des courts métrages par lesquels elle a inauguré sa carrière de réalisatrice, dès le milieu des années soixante.

Hand Movie (1966)

Une main, une main droite, est filmée en gros plan, blanche sur un fond clair. Il n’y a pas de bande-son. Un plan séquence de six minutes trente. D’abord vue de dos, elle se tourne et nous fait face, puis se met de profil ou sur la tranche. Ce jeu se répète plusieurs fois. Les doigts se rapprochent, s’entrecroisent et s’écartent, s’exerçant, semble-t-il, à leur émancipation, tout autant qu’ils cherchent un contact tâtonnant, caressant, avec les autres.
Des mouvements ténus, exploratoires, paraissent se souvenir de phrases ou des gammes, avant de se raidir. La main alors se plie et figure un poing, se tend à nouveau. Le spectateur est pris par le rythme très doux de cette micro chorégraphie, à base de mouvements que chacun peut expérimenter ou vérifier, qui ne cherche ni à signifier, ni à représenter. Ni à "faire joli".

Nous sommes en 1966, et il s’agit du premier film de la chorégraphe et danseuse Yvonne Rainer, dans le droit-fil de son No Manifesto de l’année précédente où elle affirmait son refus de la virtuosité, de l’excentricité, du spectacle.
Cette œuvre est née à un moment où l’artiste, clouée sur son lit d’hôpital après une intervention chirurgicale, redécouvre sous nos yeux le mouvement : cet exercice de style est filmé par un de ses amis venu lui rendre visite.
Le medium du film est indispensable pour cette expérience qui ne rendrait pas grand chose sur scène : la main est pars pro toto, métonymie du corps. C’est un retour à la vie, - au mouvement - exprimé avec rigueur et minimalisme.

Volley Ball (1967)

Ce court métrage a pour titre alternatif Foot Film, bien que l’on ne soit pas supposé jouer au volley avec les pieds…
Jansénisme de l’image : un ballon poussé dans le coin d’une pièce, encore et encore, par deux solides pieds en socquettes et chaussures de sport passablement défraîchie, surmontés de mollets musculeux appartenant à un corps champ le film durant.
Double clin d’œil ironique : l’athlète se trompant de ballon et la révolution de la postmodern dance qui veut que Therpsichore soit en sneakers (en baskets) pour reprendre l’expression de Sally Banes.
C’est donc toujours bien, malgré les apparences, de danse qu’il s’agit. Dans ce film de 10 minutes, tourné en 16 mm et muet, il y a encore moins d’action que dans le précédent. La caméra se focalise sur les mouvements du ballon qui roule doucement sur le sol jusqu’à sa complète immobilisation.
Autre plan et la scène est répétée, bissée, presque à l’identique, l’angle de la caméra changeant à peine. Le spectateur est attentif au moindre mouvement, dans son apparente banalité, ou bien il guette la plus infime des variations sur le thème du petit coup de pied dans le ballon et sur la trajectoire capricieuse de celui-ci.

Rhode Island Red (1968)

Plus aucune allusion à la figure humaine, à peine une ombre lointaine de celle-ci dans dans Rhode Island Red. (16 mm, 11’, muet).

En revanche, saturant le cadre, des gallinacés à perte de vue, une espèce rarement à l’honneur dans un film de danse !
Nous sommes dans un gigantesque hangar, pas sûrs de reconnaître ce que nous distinguons mal : à perte de vue, des poulets en batterie, confinés au minimum vital. Et pourtant, ils bougent et s’agitent.
C’est un perpetuum mobile où le déplacement est entravé, rendant, vu l’effet de foule, la situation explosive. Il ne se passe rien.
L’on aperçoit au loin de belles bagarres qui cessent aussi vite qu’elles ne sont venues. Le film est constitué de deux plans fixes, le second légèrement plus rapproché et surexposé que le premier. Il ne porte aucun jugement de valeur sur le traitement des animaux. Ce sont des corps qui réagissent à la situation où ils se trouvent. La vie s’y affirme, dans le piétinement et la confusion.

Nicole Gabriel
Jeune Cinéma en ligne directe (mardi 25 novembre 2014)

The Yvonne Rainer Project. De la chorégraphie au cinéma.
Musée du Jeu de Paume (4-30 novembre 2014).

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