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Radioactive (2019)
de Marjane Satrapi
publié le mercredi 11 mars 2020

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°399-400, février 2020

Sortie le mercredi 11 mars 2020

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Marjane Satrapi se lance, de façon assez inattendue, dans la réalisation d’un biopic sur la vie de Pierre et Marie Curie, librement inspiré du roman biographique et graphique de Lauren Redniss (1). Elle insiste sur la personnalité de Marie, première femme nobélisée (deux fois, en 1903 et 1911) pour ses découvertes du radium et du polonium.
En janvier 2018, était déjà sorti Marie Curie, un biopic réalisé par Marie Noëlle (2).
Le mérite de celui-ci est de s’attarder de façon singulière sur les diverses conséquences des découvertes scientifiques du couple, aussi bien les désastres humains provoqués par l’utilisation de ces découvertes, comme, de façon positive, les avancées remarquables en matière médicale, notamment la radiothérapie pour combattre le cancer.

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Ce qui n’est pas coutumier au cinéma, c’est de s’intéresser à un personnage, d’évoquer sa vie et de poursuivre le récit après son décès, pour comprendre l’impact futur de ses découvertes.
Ainsi, à l’intérieur même du déroulé narratif, alors que Marie Curie est aux prises avec les membres de l’Académie, surgissent les images d’archives du bombardement d’Hiroshima, le 6 août 1945, puis, plus tard (1961), les essais nucléaires dans le Nevada, et finalement la catastrophe nucléaire de Tchernobyl en 1986. Parmi ces images, quelques effets spéciaux rejoignent le travail d’animation cher à la réalisatrice.

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Il n’en demeure pas moins que ce montage insérant des images de catastrophes dans la biographie d’une femme grande porteuse d’humanisme peut provoquer amalgames et jugements erronés. Entre la découverte du radium et ses propriétés radioactives et la bombe atomique sur Hiroshima, près d’un demi-siècle s’écoule. Il est hasardeux de lier dans un rapport de cause à effets le travail de découvreuse de Marie Curie et le développement de l’atome à des fins guerrières. Si elle est intéressante, l’idée aurait mérité davantage de mise à distance et un travail plus approfondi sur l’apport positif des éléments radioactifs en matière médicale.

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Rosamund Pike, dans le rôle principal, déploie une énergie exemplaire ; son caractère fort et entier la rend presque déplaisante, ce qui renforce, et c’est inhabituel, l’aspect critique du biopic. De surcroît, le film donne l’impression que Marie dirige le couple, son mari (Sam Riley) restant sur la réserve et jouant la modestie. Sans doute une volonté de la réalisatrice d’évoquer d’abord la femme, scientifique, découvreuse, rebelle.

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Marjane Satrapi a réalisé un film original dans sa forme, son concept et sa narration, intéressant par le questionnement qu’il induit sur la notion de progrès et sur les découvertes qui, avec le temps, échappent à leurs découvreurs.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°399-400, février 2020

1. Lauren Redniss, Marie & Pierre Curie : A Tale of Love and Fallout, New York, Harper Collins, Dey Street Books, 2015. Lauren Redniss, Radioactive, traduction de Carine Chichereau, Paris, Fleuve Éds, 2020.

2. Dans le film de Marie Noëlle, alias Marie-Noëlle Sehr, Marie Curie (Maria Curie) sorti en 2016, Marie Curie était incarnée par Karolina Gruszka.


Radioactive. Réal : Marjane Satrapi ; sc : Jack Thorne, d’après Lauren Redniss ; ph : Anthony Dod Mantle ; mont : Stéphane Roche. Int : Rosamund Pike, Sam Riley, Anya Taylor-Joy, Aneurin Barnard (Grande-Bretagne, 2019, 103 mn).



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