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Bosè, Lucia (1931-2020)
Une vie, une œuvre
publié le mardi 24 mars 2020

par Anne Vignaux-Laurent
Jeune Cinéma en ligne directe

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Lucia Bosè (1931-2020) est morte lundi 23 mars 2020, à Brieva, Espagne, d’une pneumonie, ou carrément du Covid-19, selon les sources.

Elle était d’une extrême beauté et d’une extrême élégance, plus "racée" que la plupart de ses congénères, qui furent, pourtant, plus célèbres qu’elle, Gina Lollobrigida, Silvana Mangano, Brigitte Bardot.

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Son image publique était celle d’un regard néoréaliste mélancolique (ou farouche), et elle semblait sourire rarement. Ce n’est qu’aujourd’hui, au moment de sa nécrologie, qu’on la découvre si joyeuse, jeune et vieille. (1)

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Une soixantaine de films, avec les plus grands réalisateurs, mais relativement peu de grands rôles principaux qui crèvent l’écran, ni aucun de ces personnages flamboyants qui se superposent à l’actrice dans les mémoires. Alors que sa découverte coup de foudre par Luchino Visconti en 1946, sa consécration populaire comme Miss Italie en 1947, et ses débuts, en 1950, avec Giuseppe De Santis, dans Pâques sanglantes (Non c’è pace tra gli ulivi) et Michelangelo Antonioni dans Chronique d’un amour (Cronaca di un amore), pouvaient le laisser présager.

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Peut-être est-ce dû à cette sorte de réserve raffinée, supérieure, aristocratique, qui était sa marque, masquant un fort tempérament.
Mais peut-être que l’une des causes de cette distance du devant de la scène artistique, ce fut aussi l’événement capital de sa vie.

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Pendant le tournage de Mort d’un cycliste (Muerte de un ciclista) de Juan Antonio Bardem (1954), elle avait rencontré le matador Luis Miguel Dominguin (1925-1996), célébrité arrogante, qui, bien que de famille communiste, était à géométrie variable politiquement, et surtout un grand spécialiste des arènes au tableau de chasse impressionnant María Félix (1914-2002), Rita Hayworth (1918-1987), Lana Turner (1921-1995), Ava Gardner (1922-1990), Lauren Bacall (1924-2014).

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Ce fut une grande passion torride à l’espagnole dont il est probable qu’elle aura éclipsé, auprès des médias people qui font la gloire des stars, ses talents d’artiste. Après leur séparation en 1968, il finira par épouser, en 1987, une demoiselle Primo de Rivera.

Sa carrière à elle s’est faite en trois parties, avant, pendant et après le torero.

Avant le torero, à partir de 1950, elle avait tourné notamment avec Giuseppe De Santis, Michelangelo Antonioni, Mario Soldati, Luciano Emmer.


 

Pendant le torero, entre 1954 et 1960, après Juan Antonio Bardem, elle rencontra le cinéma français, Luis Buñuel, Alain Resnais, Jean Cocteau.

* Cela s’appelle l’aurore de Luis Buñuel (1956).


 

Puis, pendant un temps, entre 1960 et 1968, elle a dû juger qu’il valait mieux veiller au grain avec son macho, elle fit trois enfants et disparut des écrans, après Le Testament d’Orphée de Jean Cocteau (1959).


 

En 1968, tout le monde fut bouleversé (les taches sur le Soleil, vous savez), elle en eut assez des frasques de son coureur. Elle le vira de leur maison de Somosaguas avec un fusil de chasse, et se battit comme une lionne pour garder ses enfants.

Après le torero, elle retourna au cinéma.
C’est alors qu’elle rencontra les frères Taviani, Federico Fellini, Mauro Bolognini, Liliana Cavani, Francesco Rosi, Daniel Schmid et, en France, Jeanne Moreau et Marguerite Duras. Et c’était, pour nous, comme des retrouvailles avec une amie très chère, très proche, et qui n’appartenait pas à tout le monde.

* Nathalie Granger de Marguerite Duras (1972).


 

À cette époque, dans La Messe dorée (Nella profonda luce dei sensi) de Beni Montresor (1975), film très rare, Brigitte Roüan lui lavait les pieds, sous le contrôle de Claire Denis qui faisait la scripte.

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Plus tard, en 2017, elle eut des ennuis avec la justice pour avoir vendu une œuvre de Picasso qui appartenait en réalité à une employée de la famille (pendant 50 ans, elle avait laissé ses affaires dans la maison, on peut confondre), Remedios, morte en 1999.
Les Dominguin-Bosè avaient beaucoup fréquenté Picasso - tauromachie oblige et rassemble -, et ils possédaient de nombreuses œuvres venant de leur ami.

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Le produit de cette vente, au lieu d’être reversé à la famille de Reme, était allé au Museo de los Ángeles, son vieux rêve, qu’elle avait créé à Turégano, dans la province ce Ségovie, (2) en 2000, "le seul musée moderne des anges au monde" qui a finalement dû fermer. Ce fut pour elle, à la fois une grande illusion et une grande déception.

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Puis, Lucia Bosè la discrète, la grande dame aux cheveux bleus, aborda sa fin de vie comme un vraie mama italienne, avec ses trois enfants artistes, dans la maison familiale, ouverte à tous, où il y avait toujours des spaghettis al dente à manger pour accueillir les amis.

Anne Vignaux-Laurent
Jeune Cinéma en ligne directe

1. La Reppublica du 23 mars 2020, avec une trentaine de photos.

2. Le Museo de los Ángeles, créé en 2000 à Turégano (dans la province de Ségovie comme la commune de Brieva où elle est morte), a été contraint de fermer en 2007.



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