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Some Call It Loving (1972)
de James B. Harris
publié le mercredi 13 mai 2020

par Vincent Dupré
Jeune Cinéma n°358, mars 2014

Sélection de la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes 1973

Sorties le vendredi 26 octobre 1973 et le mercredi 22 janvier 2014

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"Il faudrait mépriser un peu moins les films médiocres et un peu plus les films sans éclat qui étaient promis au sublime", emprunt à un ami cinéphile, cette réflexion pour décrire d’emblée la découverte de Some Call It Loving comme une expérience de frustration.

De frustration, pas de déception : ce n’est pas que le film ne corresponde pas à celui qu’on a fantasmé, stylistiquement ou qualitativement ; c’est que lui-même se tient paresseusement en deçà de ses intentions formelles et narratives, de son désir de singularité.

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Peu de films donnent à ce point le sentiment d’une réification manquée, d’être moins un film qu’une proposition ou une esquisse de film, de ne pas réussir à transformer l’audace de son projet en réalité artistique.
C’est un beau film, mais en puissance seulement : pendant que le spectateur le regarde, il rêve à un autre - plus radical, plus troublant, plus habité. Le recours aux codes du conte de fées, la logique irrationnelle du récit et les embardées fantasmagoriques restent constamment en attente d’être assumées par la mise en scène, trop amorphe pour que le mariage du merveilleux et du morbide produise le flamboiement attendu.

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Cela donne au film des airs somnambuliques séduisants, mais aussi soporifiques. La scène de la cheerleader dansant nue est à cet égard symptomatique : le motif prêtait à un traitement fantastique et surréaliste de l’érotisme.
James B. Harris en tire une scène répétitive et embarrassante, entachée par une racoleuse contre-plongée sur l’entrejambe de la danseuse. (Rêvons à la même scène filmée par Lynch, auquel on pense parfois devant le film).
Que la mise en scène de Harris ne signale pas, comme chez Buñuel, ce qui relève du rêve et ce qui relève du réel déstabilise moins que cela ne provoque un aplatissement général, plastique et émotionnel.

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Peu esthète, le réalisateur de films aussi dépourvus de style que Aux postes de combat ou Cop (1) pouvait-il donner vie et relief à un matériau aussi onirique et nébuleux que le texte de John Collier ?
Some Call It Loving aurait pu être une sorte de Pandora du Nouvel Hollywood : un totem baroque, fier de ses artifices et sûr ses sortilèges, planté en plein territoire réaliste. Il n’est que le spectre falot du film d’amour fou qu’il aurait pu être.

Vincent Dupré
Jeune Cinéma n°358, mars 2014

1. Aux postes de combat (The Bedford Incident, 1965) ; Cop (1988).


(Some Call It Loving (aka Sleeping Beauty). Réal : James B. Harris ; sc : JBH, d’après John Collier ; ph : Mario Tosi ; mont : Paul Jasiukonis ; mu : Richard Hazard. Int : Zalman King, Carol Wjite, Richard Pryor, Tisa Farrow (USA, 1972, 103 mn).



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