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Gili, Jean A. (livre)
Luchino Visconti et la critique française (2014)
publié le dimanche 7 juin 2020

par Lucien Logette
Jeune Cinéma n°358, mars 2014

Jean A. Gili, Luchino Visconti et la critique française d’Ossessione au Guépard (1943-1963), Paris, Amandier/Archimbaud, 2014.

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Nous avions relevé rapidement, dans le dernier numéro, la parution de l’ouvrage de Claude Gauteur, Clouzot critiqué, (1) succulente compilation de quelques articles écrits au fil du temps par nos confrères lors de la sortie des films d’HGC. Il faut toujours se méfier de ce qu’on laisse derrière soi et chacun d’entre nous préfère ne pas se souvenir de tout ce qu’il a publié. Mais l’exercice est intéressant et permet de revenir sur quelques idées reçues. Par exemple que les grands cinéastes ont toujours bénéficié d’un accueil à la mesure de leur talent ou de leur génie. Voire.

Le recueil composé par Jean A. Gili revient sur la manière dont les films de Luchino Visconti ont été reçus. Et nous fait découvrir que son chemin critique n’a pas toujours été tapissé de roses et de lys, au moins jusqu’au Guépard - ensuite, la Palme d’or et la série de chefs-d’œuvre ont fait consensus.
Mais jusqu’à 1963, tout n’était pas joué : il suffit de lire les extraits de L’Express ou de L’Aurore évoquant la grandiloquence de Visconti à propos de Rocco et ses frères (Rocco !) ou les réticences de Guido Aristarco devant Les Nuits blanches. Par bonheur, Senso fit l’unanimité (mais c’est le public italien qui n’a pas suivi…).

Il faut se souvenir d’une chose étonnante, aujourd’hui que l’on accède aux films dans l’ordre de leur réalisation : Ossessione (1943) ne sortit en France qu’en 1959 ; La terra trema (1948) n’eut qu’une audience microscopique ; Bellissima (1951) ne nous parvint qu’en 1961, après Rocco. Exceptés les connaisseurs du temps, Auriol, Bazin, Doniol-Valcroze ou Marcel Martin, suffisamment avertis pour s’y reconnaître, ceux qui découvraient Bellissima après Les Nuits blanches devaient reconstituer le puzzle, une tâche pas forcément simple.

L’ouvrage ne se veut pas exhaustif - quelques centaines de pages supplémentaires auraient été nécessaires. Jean Gili a choisi les textes qui font sens ou qui posent question. Ainsi, comment Bazin, qui cite Ossessione en 1947, avait-il pu voir le film à cette date ? Pour les amateurs de Visconti, et pour les curieux de la généalogie de l’accueil critique, ce petit livre (il tient aisément dans la poche) est à ranger sur un rayon proche. Il donne surtout envie d’une série : après Clouzot et Visconti, pourquoi pas Fellini, Welles ou Bergman, avant leur célébrité ? Il y a certainement à découvrir.

Lucien Logette
Jeune Cinéma n°358, mars 2014

1. Claude Gauteur, Clouzot critiqué, Paris, Séguier, 2013.


Jean A. Gili, Luchino Visconti et la critique française d’Ossessione au Guépard (1943-1963), coll. Ciné-Création n° 5, éditions Amandier/Archimbaud, 2014, 178 p.



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