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Ford, John (1894-1973)
Nouvelles parutions (2014)
publié le mercredi 3 décembre 2014

Ford en fête

par Vincent Dupré
Jeune Cinéma en ligne directe

En complément des festivités fordiennes organisées par la Cinémathèque française du 3 décembre 2014 au 23 février 2015, trois livres paraissent simultanément sur l’œuvre titanesque du cinéaste. Trois façons d’affronter le Totem-Ford, ô combien intimidant et retors.

John Ford, Penser et rêver l’Histoire, ouvrage collectif sous la direction de Jean-François Rauger, Jacques Déniel et Charles Tatum Jr., Éditions Yellow Now / Côté cinéma 256 pages.

Convoquer plusieurs essayistes autour d’un thème unique, c’est le principe raisonnable de ce livre.

L’Histoire est un axe qui s’imposait en effet, Ford n’ayant que très peu filmé son époque.
Mais une porte, dans une œuvre aussi dense que la sienne, ouvrant toujours sur d’autres portes, certains collaborateurs dévient du sujet imposé, quand ils ne sont pas d’emblée hors sujet (voir le texte, par ailleurs très remarquable et précis, de Fabrice Revaut sur la présence de l’esthétique fordienne dans le Van Gogh de Pialat).

Tout auteur a ses marottes… La cohérence n’est donc pas le critère sur lequel ce livre doit être apprécié.
Disons que c’est plutôt la pensée fordienne (historique mais aussi politique, religieuse, philosophique) qui est au cœur des réflexions. Une pensée mélancolique tournée vers le passé, vers un monde disparu, mais que Ford a en partie connu, ou dont il a rencontré des témoins et des figures légendaires (Wyatt Earp, par exemple), et dont il a retranscrit et confondu, volontairement, la vérité et les légendes.
Et c’est cette pensée qui, par le détour de la rêverie, advient sur l’écran.
Ce en quoi Ford confirme Hegel : "L’art occupe le milieu entre le sensible pur et la pensée pure".


Frontière chinoise, Sylvie Pierre Ullman, Éditions Yellow Now / Côté films n°25 / 112 pages.

Un essai modeste et intime qui propose une approche très personnelle du dernier film du cinéaste.
L’analyse, qui démarre tardivement après des prolégomènes superficiels, est surtout littéraire, centrée sur le récit et les personnages.
Les nombreuses illustrations, accompagnées de commentaires redondants ("Ford s’est toujours souvenu qu’il pouvait faire dire à l’image, à l’image seule, l’essentiel de ce que le film voulait dire", "Certains éléments du dialogue sont mis en scène par Ford de façon à produire de véritable ondes de sens, y compris dans leur ambigüité lourde de sens"), ne suffisent pas à compenser l’absence d’analyse esthétique et à traduire la beauté particulière de ce film.
Une large place est faite à sa nature féminine et féministe, dimension essentielle du cinéma de Ford qu’on décrit toujours à tort comme viril et misogyne.


John Ford, Tad Gallagher, Éditions Capricci / 176 pages.

Enfin une traduction française de cette monographie fondamentale parue aux États-Unis en 1988 !

Sauf qu’elle est partielle, très partielle : les 800 pages originelles ont été réduites à 150.
Une aberration commise par un éditeur à la roublardise grandissante et - c’est le pire - cautionnée par l’auteur.
Comment apprécier, par exemple, la question - très complexe - de l’identité politique de Ford quand celle-ci est expédiée en une page et demie ?

Le cheminement général nous manque, remplacé par des réflexions qui avancent par à-coups. On trouvera néanmoins dans ces miettes suffisamment de substance (analytique et anecdotique) ou de positions (parfois très tranchées, mais moins partiales que celles d’un Lindsay Anderson) pour construire sa propre réflexion, par opposition ou contestation.

La biographie de Joseph McBride, À la recherche de John Ford, publiée en France en 2007 (1), reste la référence, et sera notre bréviaire durant ces trois mois en immersion heureuse dans le monde de Ford.

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Vincent Dupré
Jeune Cinéma en ligne directe (3 décembre 2014)

1. Institut Lumière / Actes Sud, 2007.

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