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Cancion sin nombre (2019)
de Melina León
publié le lundi 22 juin 2020

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°401, été 2020

Sélection de la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes 2019

Sortie le lundi 22 juin 2020

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Présenté en 2019 à la Quinzaine des Réalisateurs, Cancion sin nombre, de la réalisatrice péruvienne Melina León, met en scène le drame d’une jeune mère, inspiré de faits réels. Le film se déroule dans les années 80, alors que le pays est en proie au conflit armé opposant le gouvernement péruvien aux guérillas du Sentier lumineux (Parti communiste péruvien fondé par Abimael Guzman en 1970) et du Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru, le MRTA, conflit qui se poursuit jusqu’aux années 2000 et a fait plus de 70 000 morts et disparus.

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Georgina (Pamela Mendoza Arpi), d’origine très pauvre, vit avec son compagnon Léo, chanteur et danseur populaire, dans une toute petite maison perchée sur la montagne. Elle attend un enfant.
Au Pérou, durant cette période tragique, un trafic de vols de bébés et d’enfants s’organise, tant du côté gouvernemental que révolutionnaire, à des fins économiques ou idéologiques. Pratiques monstrueuses qui rappellent celles appliquées en Argentine, au Chili ou en Espagne avec les enfants volés du franquisme.

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Alors qu’elle vend des pommes de terre au bourg, elle entend l’appel, par haut parleur, d’une clinique qui propose d’accoucher sans soucis et sans frais. Elle se rend jusqu’à Lima, pour mettre au monde son enfant, qui lui est immédiatement retiré.
À partir de là, le cauchemar s’installe, dans la violence et l’incompréhension. Elle va se battre de toutes ses forces. Dans son malheur, elle croise un journaliste intéressé par son histoire, il met tout en œuvre pour retrouver les dirigeants de la clinique fantôme et l’enfant.

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Dans ce pays où règnent la violence, la guerre permanente, les attentats, sévissent aussi nombre d’atteintes aux identités (l’homophobie, dont souffre le journaliste) et aux libertés et les brutalités administratives et policières qui s’ensuivent. À travers le parcours de Georgina, le film est un condensé du drame péruvien de ces années de terreur.

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Réalisé dans un très beau noir & blanc, avec une lenteur qu’accentue la profondeur de champ et la vacuité de l’espace scénique, le film est marqué par un sentiment de fragilité individuelle face au destin. Le plan nocturne et répétitif de la pente de la montagne que Georgina doit gravir pour rejoindre sa maison est à la fois l’image de son isolement et celui de son éloignement paisible à l’écart de la ville.

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Cancion sin nombre (titre de la berceuse que Georgina chante chaque soir pour son enfant, dans l’espoir de le revoir), premier long métrage de Melina León - après onze prix pour son court métrage El Paraiso de Lilli (2011) -, est digne des films de Béla Tarr, par l’extrême rigueur formelle et plastique qui offre à ce drame toute son intensité.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°401, été 2020


Cancion sin nombre. Réal, sc, mont : Melina León ; sc : Michael J. White ; ph : Inti Briones ; mont : Manuel Bauer, Michael J. White ; mu : Pauchi Sasaki. Int : Pamela Mendoza, Tommy Parraga, Lucio Rojas, Maykol Hernandez (Pérou-Espagne-USA, 2019, 97 mn).



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