home > Personnalités > Reiner, Carl (1922-2020)
Reiner, Carl (1922-2020)
une vie, une œuvre
publié le jeudi 2 juillet 2020

par Sol O’Brien
Jeune Cinéma en ligne directe

JPEG - 359.7 ko

 


Carl Reiner vient de mourir.

Pour les spectateurs français, son nom n’évoque guère qu’un film, vieux de presque quarante ans, mais qui a marqué une date en son temps : Les cadavres ne portent pas de costard, qu’il écrivit et réalisa quand il eut 60 ans, et dont la réputation a franchi les frontières et le siècle. (1)

JPEG - 203.5 ko

 

JPEG - 193 ko

 

Il faut reconnaître qu’il reposait sur une idée astucieuse, à une époque où le morphing était un concept de SF : introduire dans une fiction, où elle n’avait rien à faire, des stars du cinéma américain. Pas besoin de trucages, un simple choix d’extraits de quelques secondes, intégrés à l’action et montés en contre-champs habiles : Humphrey B., Alan L., Barbara S., Kirk D., Burt L., Ingrid B. et Ava G. intervenaient dans l’enquête menée par Steve Martin. Une photo superbe, en noir & blanc d’époque, un design vintage certifié, un pastiche affectueux du film noir des années quarante : le film plut bien au-delà de cercle des amateurs.
C’est le seul parmi la quinzaine de titres que Carl Reiner a réalisés qui ait laissé une trace, dans une carrière de sept décennies. Pourtant d’autres de ses films auraient mérité d’être mieux connus. (2)
Par exemple, Un vrai schnock son film précédent, après dix années de télévision, co-écrit avec Steve Martin, qui montrait les errances d’un vieil enfant blanc élevé dans une famille noire pauvre, parfaitement ignorant de sa couleur de peau, qui agitait comme un Noir. Au delà de la comédie, The Jerk démontrait à quel point l’apparence physique est un état d’esprit et une convention sociale.

JPEG - 321.4 ko

 

On peut citer aussi L’Homme aux deux cerveaux (The Man with Two Brains), ou le Dr. Michael Hfuhruhurr pratique la transplantation de cerveaux.

JPEG - 391 ko

 

Carl Reiner venait de la télévision, qui l’a rendu célèbre. Il fut surtout connu comme le créateur, le producteur, l’écrivain et l’acteur des 158 épisodes de la série The Dick Van Dyke Show (1961-1966) et de sa suite (1971-1974), puis de The Dick Van Dyke Show Revisited en 2004. Il a été régulièrement nommé (et souvent récompensé) aux Primetime Emmy Awards de 1954 à 2018 et il figure dans le Television Hall of Fame.

JPEG - 325.2 ko

 

Il était un auteur non solitaire, un homme d’amitiés, amateur de collaborations. On a cité son acolyte, Steve Martin, mais il faut aussi citer, bien sûr, Mel Brooks, avec qui il a écrit la série des entretiens délirants The 2000 Year Old Man (1960-1997), dont le dernier a remporté le Grammy Award 1998.

Peut-être était-il surtout un acteur - une centaine de participations répertoriées.
Dans Les cadavres…, autorisé par sa ressemblance avec le Otto Preminger de Stalag 17, il s’était offert le rôle du méchant feldmarschall nazi. (3)

JPEG - 226.5 ko

 

Malgré son âge, il continuait à tourner. Il fut un des braqueurs de la saga des trois Ocean, (4). "I’d Rather Be Bald Than Have No Head at All", pensait-il.

JPEG - 174.2 ko

 

Carl Reiner a reçu, en 2000, le Mark Twain Prize for American Humor. Enfin - ce qui le rend définitivement sympathique - il fut jusqu’au bout l’un des soutiens de Bernie Sanders. Ce sont toujours les meilleurs qui s’en vont.

Sol O’Brien
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Les cadavres ne portent pas de costard (Dead Men Don’t Wear Plaid),
de Carl Reiner (1982), est sorti en France le 22 septembre 1982. Carl Reiner y est aussi, avec Steve Martin et George Gipe, le co-scénariste du film, quasi imbitable, conformément à la grande tradition du Big Sleep.

2. Dans Un vrai schnock (The Jerk) de Carl Reiner (1979), Steve Martin est co-scénariste et rôle principal. Quand celui-ci a reçu le 43ème trophée remis par l’American Film Institute (AFI), le Life Achievement Award, il a cité abondamment The Jerk. Il a aussi déclaré : "Je ne mérite pas ce prix, mais je souffre d’arthrite et je ne mérite pas ça non plus". Cf. Steve Martin, Ma vie de comique. Du stand-up au Saturday Night Live, Capricci, 2014.
Dans L’Homme aux deux cerveaux (The Man with Two Brains) de Carl Reiner (1983), Steve Martin est également co-scénariste et rôle principal.

3. Dans Stalag 17 de Billy Wilder (1953), c’est Otto Preminger qui joue le rôle de Oberst von Scherbach.

4. La trilogie Ocean de Steven Soderbergh avec George Clooney, Brad Pitt et Matt Damon, comporte Ocean’s Eleven (2001), remake de L’Inconnu de Las Vegas de Lewis Milestone (1960), Ocean’s Twelve (2004) et Ocean’s Thirteen (2007). Ocean’s 8 de Gary Ross (2018) n’est qu’un spin off avec des femmes.



Revue Jeune Cinéma - Contacts