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Mississippi Burning (1988)
de Alan Parker
publié le mercredi 15 juillet 2020

par Hélène J. Romano
Jeune Cinéma n°194, avril-mai 1989

Sélection officielle de la Berlinale 1989.
Ours d’argent du meilleur acteur pour Gene Hackman

Sorties les mercredis 29 mars 1989 et 15 juillet 2020

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Peut-être se demandera-t-on pourquoi un film sur la violence raciste du Ku-Klux-Klan, alors que tout semble terminé ? Les faits réels dont il est inspiré remontent à plus de vingt ans (1). Mais si le KKK a pratiquement disparu sous sa forme aiguë et organisée, la violence raciale demeure, explique Alan Parker, aux États-Unis comme ailleurs. Et pourtant, il est rare que des sujets développés au sein du système hollywoodien laissent place à des réflexions sociales ou politiques. "Le scénario de Chris Gerolmo offrait la possibilité d’y glisser cette autre dimension. De fait, il offre valeur d’exemple contre toute intolérance".

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Dès les premières images - la séquence des lavabos séparés en White et Coloured -, le contexte est situé dans les États du Sud. Et, très vite, l’action démarre. Trois militants pour les droits civiques sont attaqués dans leur voiture et tués par des inconnus.
Deux inspecteurs du FBI sont délégués par la capitale, afin d’enquêter sur leur disparition. Ils se heurtent immédiatement au barrage des autorités locales qui n’aiment pas, et pour cause, qu’on se mêle de leurs affaires. Ils doivent également faire face au mutisme de la communauté noire (l’un des militants était noir), victime de sévices dès qu’on la soupçonne de donner des informations.

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Après un début maladroit, le jeune inspecteur Alan Ward (Willem Dafoe), partisan des enquêtes clean et orthodoxes, se rend peu à peu aux avis de Rupert Anderson (Gene Hackman), bien plus expérimenté sur ce genre de terrain et qui connaît mieux l’origine de la haine des petits Blancs. Au cours d’une de leurs discussions, il racontera à Ward que son père, comme d’autres fermiers, craignait que sa terre puisse appartenir un jour à des Noirs.

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Après les premières recherches spectaculaires, organisées dans les marais avec de nombreux renforts, la médiation de l’affaire par la presse fait scandale et provoque une répression en chaîne de la part du KKK, agissant toujours dans l’ombre - fermes et églises brûlées, fermiers noirs poursuivis, enfants battus.

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Ward est obligé d’évoluer et de se rallier à Anderson. L’action repose en grande partie sur leurs analyses contradictoires, sur le contrepoint action-réflexion face à la progression dramatique. Alan Parker a laissé Willem Dafoe et Gene Hackman explorer cette dualité jusqu’au bout de leurs possibilités, en leur faisant totalement confiance. L’intervention de Mme Pell (Frances McDormand), épouse de l’adjoint du shérif, enrichit et nuance le récit comme le propos.

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Lorsque les deux hommes décident d’utiliser les mêmes méthodes que leurs adversaires, la tension et la violence montent de plusieurs niveaux : scènes d’interrogatoire du maire puis de sa pendaison, panique croissante chez les membres du KKK réunis dans une église par une fausse convocation, poursuite de voitures par le Klan…
Alan Parker impose à l’action un rythme qui ne faiblit jamais et orchestre de main de maître une distribution impressionnante.

Hélène J. Romano
Jeune Cinéma n°194, avril-mai 1989

1. Au début des années 1960, dans les États du Sud, les noirs, bien qu’ayant le droit de vote depuis la ratification du 15e amendement la Constitution des États-Unis en 1870, étaient dissuadés de toutes les manières possibles, et ils n’allaient pas voter.
L’été 1964, le Mouvement des droits civiques avait initié le Mississippi Summer Project, afin de les inciter à s’inscrire sur les listes électorales et d’animer des écoles d’alphabétisation. La campagne se heurta immédiatement à l’hostilité violente du Ku Klux Klan (né en 1865). La nuit du 21 juin au 22 juin 1964, à Philadelphia, Mississippi, trois militants - Michael Schwerner, Andrew Goodman et James Chaney - furent arrêtés, emprisonnés et disparurent. Les agents fédéraux du FBI, venus enquêter, ont retrouvé les corps enterrés 44 jours plus tard. L’État du Mississippi refusa de poursuivre les présumés meurtriers. En 1967, au cours d’un procès pénal à Meridian, Mississippi, la Cour suprême des États-Unis n’a obtenu la condamnation à dix ans de prison maximum que pour 7 personnes sur 18 accusées.
Ce n’est qu’en juin 2005, qu’un des responsables du KKK, Edgar Ray Killen (1925-2018), pas inquiété à l’époque des faits, ni en 1998 alors qu’un des condamnés l’avait finalement mis en cause, a été reconnu coupable du meurtre des 3 jeunes militants. Condamné à 3 fois 20 ans de prison par le tribunal de Philadelphia, 41 ans après les faits, il avait 80 ans. Il est mort d’insuffisance cardiaque à 92 ans, le 11 janvier 2018, dans la prison de Parchman, Miss., faisant la Une des journaux. Il n’aura passé que 12 ans en taule.

* Le film a reçu quatre Oscars de l’Academy Awards, 61e édition en 1989 : Peter Biziou (Best Cinematography) ; Gene Hackman (Best Actor in a Leading Role) ; Frances McDormand (Best Actress in a Supporting Role) ; Frederick Zollo et Robert F. Colesberry (producers, Best Picture).
En 1989, l’Oscar du meilleur réalisateur est allé à Barry Levinson pour Rain Man (1988), Alan Parker a seulement été nommé, comme il l’avait été, en 1978, pour Midnight Express.


Mississippi Burning. Réal : Alan Parker ; sc : Chris Gerolmo ; ph : Peter Biziou ; mont : Gerry Hambling ; mu : Trevor Jones. Int : Gene Hackman, Willem Dafoe, Frances McDormand, Brad Dourif, Pruitt Taylor Vince (USA, 1988, 128 mn).



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