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Sel des larmes (le) (2018)
de Philippe Garrel
publié le mercredi 15 juillet 2020

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection officielle de la Berlinale 2020

Sortie le mercredi 15 juillet 2020

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Dans son nouveau film, Philippe Garrel évoque les nombreuses conquêtes féminines de Luc (Logann Antuofermo,) fils d’ébéniste qui se présente au concours de l’école Boulle. Mais, sous-jacente à son éparpillement amoureux, demeure sa relation avec son père (André Wilms) entre admiration, rejet et amour.
Arrivé à Paris, Luc aborde une jeune fille Djemila (Oulaya Amamra). Puis il revoit une amie d’enfance, Geneviève (Louise Chevillotte), hardie et sensuelle, avec laquelle il fera un enfant, et enfin une troisième Betsy (Souheila Yacoub), plus indépendante.

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Philippe Garrel filme depuis de longues années - depuis Marie pour mémoire, en 1967 - avec les mêmes moyens techniques, la pellicule 35mm et le noir & blanc. C’est un style qu’il travaille avec assiduité. Ses films se regardent avec l’attention particulière donnée aux œuvres d’un autre temps, non pas à celles d’avant la couleur, non pas à celles qui "datent", mais à celles qui ont résisté à la couleur. Ses images ignorent le passage du temps, elles ne sont ni dans un classicisme esthétique ni dans une modernité de mode, elles sont présentes à leur contemporanéité.

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Pour lui, le cinéma est un art qui, du noir au blanc, offre une gamme de valeurs au même titre que le lavis, le dessin, le fusain, ou la manière noire. Les espaces où évoluent les personnages en extérieur sont indéfinis, comme le sont les fonds des tableaux parfois juste brossés d’un jus, ce qui focalise, resserre et concentre l’attention du regard, contrairement à l’image couleur qui distrait, diffracte et hypnotise. Si ses images sont en noir & blanc, c’est pour garder l’intégrité de la lumière, celle du jour et de la nuit en extérieur et celle, intérieure, qui émane des personnages. Il pratique un cinéma de l’intériorité, saisissant chacun dans l’intimité de son être ; le doute, la crainte, le chagrin ont une visibilité. À la lisière d’un geste ou d’un sourire, l’inconscient, presque tangible, se dissimule dans l’obscurité ou rayonne à la lumière. Les larmes du père viennent sur son visage qu’il cache sous sa main et le noir & blanc accentue son expression creusée par la tristesse, comme s’il était peint ou gravé dans la matière.

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Idem pour les jeunes femmes filmées sans la couleur, leur intériorité dévoile une sincérité différente, quelque chose les habite qui n’est pas artificiel, mais véritablement existentiel. Il en va de leur vie, dans l’immédiat d’un présent prolongé, elles coïncident profondément à ce qu’elles éprouvent dans l’amour, le plaisir ou la joie.

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Les lieux des films, d’un réalisme parfois poignant, évoquent la modestie et l’insouciance de la jeunesse. Ici l’atelier d’ébénisterie du père est un outil de travail où l’ordre est un désordre apparent, tout attire le regard, guidé par les personnages qui y pénètrent et s’y fondent.
Philippe Garrel travaille ses plans et ses cadrages selon un sens précis. Paris toujours, filmé de nuit et de jour, comme la jeunesse légère, frivole, inconstante, son éternel sujet. Il y a chez lui un attrait pour l’inachèvement dans la continuité. Chaque nouveau film peut se voir comme le prolongement du précédent, et le début d’un autre, à l’infini, l’œuvre tout entière ainsi traversée par un lien indéfectible.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma en ligne directe


Le Sel des larmes. Réal, sc : Philippe Garrel ; sc : Jean-Calude Carrière, Arlette Langmann ; ph : Renato Berta ; mont : François Gédiger ; mu : Jean-Louis Aubert. Int : Logann Antuofermo, Oulaya Amamra, André Wilms, Louise Chevillotte, Souheila Yacoub (France, 2018, 100 mn).



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