home > Personnalités > Havilland, Olivia (1916-2020)
Havilland, Olivia (1916-2020)
Brève
publié le lundi 27 juillet 2020

Jeune Cinéma en ligne directe
Journal de Abla 2020 (lundi 27 juillet 2020)

JPEG - 80.9 ko

 


Lundi 27 juillet 2020

 

Olivia de Havilland (1916-2020) est morte hier à Paris, à 104 ans.

Pour faire partie des légendes de Hollywood, il faut mourir trop jeune - James Dean (1931-1955) - ou, comme les stars de "l’âge d’or" (défini par des dates un peu floues, disons celui des majors), mourir très vieux. Pour leur avoir survécu, il faut sans doute avoir la peau dure. Kirk Douglas (1916-2020) est aussi mort plus que centenaire au début de cette année. On pense aussi à Luise Rainer (1910-2014), toujours ce même âge.

James Agee (1909-1955), qui fut critique de cinéma à Time Magazine à partir de 1942, trouvait que, si elle n’avait pas un grand talent, "son jeu était sérieux, calme, minutieux et bien soutenu". Compliment à double tranchant.

JPEG - 131.1 ko

 

Pour nous, Olivia de Havilland a incarné une beauté américaine ennuyeuse, sans arrière-monde, et une élégance convenue, genre girl next door qui se la jouerait diva. On lui préférait largement la grande laideur de Bette Davis (1908-1989), sa copine, ou la sauvagerie de Jennifer Jones (1919-2009).

JPEG - 299.2 ko

 

À sa décharge, après ses belles années Errol Flynn-Michael Curtiz (8 films avec des rôles secondaires mais efficaces, et puis elle était très jeune), il est possible que son image ait été définitivement fixée par son rôle dans Gone with the Wind (1939), son 20e rôle, à 23 ans, la vertu et la bonté niaise de Melanie Hamilton venant se superposer à son regard perpétuellement pléonastique.

JPEG - 174.9 ko

 

Cela ne lui plaisait pas forcément et peut-être que cette apparence, stéréotypée plus que classique, cachait un doute profond sur son image publique et, simultanément, une vraie trempe. Son nom reste attaché à un procès gagné contre la Warner en 1943, qui l’emprisonnait sous ses contrats pour la punir de refuser des rôles répétitifs, et qui devint la De Havilland Law.

JPEG - 101.4 ko

 

À plus de 100 ans, toujours soucieuse de son image, elle remit ça, en portant plainte contre la série Feud, dont le propos était de mettre en scène des rivalités entre des personnages réels. Dans la saison 1 (8 épisodes), Bette & Joan (2017) sur le conflit entre Bette Davis et Joan Crawford au cours du tournage de Qu’est-il arrivé à Baby Jane de Robert Aldrich (1962), elle avait trouvé que son personnage (interprété par Catherine Zeta-Jones) nuisait à sa réputation. Peut-être évoquait-il de façon trop voyante sa propre concurrence avec sa sœur Joan Fontaine (1917-2013), au destin parallèle. Il faut croire qu’elle a gagné, là aussi, puisque la série n’a pas survécu.

On aime beaucoup qu’elle ait commencé sa carrière sur une scène de théâtre, avec Max Reinhardt, qui l’avait gardée pour le film homonyme :

* Le Songe d’une nuit d’été (A Midsummer Night’s Dream) de William Dieterle & Max Reinhardt (1935).

JPEG - 217.3 ko

 

Parmi ses hauts faits d’arme, on retiendra qu’elle fut la première femme à présider le jury du Festival de Cannes, en 1965, 18e édition, avec notamment André Maurois, Rex Harrisson, Alain Robbe-Grillet.

JPEG - 213.6 ko

 

Cette édition proposa un beau palmarès, pas convenu du tout :

* Palme d’or : Le Knack... et comment l’avoir (The Knack ...and How to Get It) de Richard Lester (1965).

* Prix d’interprétation masculine pour Terence Stamp et féminine pour Samantha Eggar dans L’Obsédé (The Collector) de William Wyler (1965).

* Prix spécial du jury : Kwaïdan de Masaki Kobayashi (1964).


 

Olivia de Havilland, née au Japon, s’était installée en France depuis 1953 et elle était certainement du gibier de Légion d’honneur.
Mais on aime les légendes, même un peu baraquées. Deux Oscars - À chacun son destin (To Each His Own) de Mitchell Leisen (1946) et L’Héritière (The Heiress) de William Wyler (1949) -, et des tas de nominations au cours d’une carrière de plus de cinquante ans, c’est respectable.

JPEG - 100.6 ko

 

JPEG - 164.1 ko

 

Alors on applaudit de bon cœur sa légitimité et même son émotion, quand elle présente les Oscarisés au cours de la 75e cérémonie des Oscars en 2003.


 

Cette année-là, d’ailleurs, Luise Rainer (1910-2014) était encore à la fête, avec ses deux Oscars, en 1937 et en 1938.



Revue Jeune Cinéma - Contacts