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Révoltés de l’an 2000 (les) (1976)
de Narciso Ibáñez Serrador
publié le mercredi 12 août 2020

par Nicole Gabriel
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection officielle du Festival d’Avoriaz 1977.
Prix de la Critique

Sorties les mercredis 2 février 1977 et 12 août 2020

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La filmographie de Narciso Ibáñez Serrador, disparu l’été dernier, ne comporte que deux longs métrages : La Residencia) (1969) et Quién puede matar a un niño ? (1976) qui ressort en salle, en version restaurée, avec la traduction approximative du titre : Les Révoltés de l’an 2000. (1) L’auteur, d’origine uruguayenne, a fait carrière en Espagne, où il a travaillé essentiellement pour la télévision. Ses émissions, notamment Historias para no dormir (Histoires à dormir debout, pourrait-on dire) y rencontrèrent un très vif succès.

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Quién puede matar relève de cette même veine fantastico-horrifique. La trame est simple, pour ne pas dire convenue : un jeune couple de touristes britanniques débarque dans une île mystérieuse, composite de Tolède pour le bourg et de Minorque pour le bord de mer. Fait surprenant : cette oasis qui sied a priori à la semaine anglaise est, dirait-on, uniquement peuplée de jeunes créatures... Cette amorce a quelque chose de surréaliste, d’autant que deux films de la dernière manière de Luis Buñuel se situent, totalement ou en partie, à Tolède : c’est le cas de Tristana et l’amorce du Fantôme de la liberté. On pensera naturellement aux Chasses du comte Zaroff et à Rosemary’s Baby, la femme étant enceinte et son enfant se trouvant sous la menace d’autres enfants. (2)

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Un long prologue, à base d’archives en noir & blanc, de stock-shots et de photos de reportage banc-titrées (le cliché de 1943 du gamin juif, les mains en l’air, dans le ghetto de Varsovie ; les images de famine des petits Biafrais datant de 1968 ; celle de la préadolescente Kim Phuc, la fillette nue, brûlée au napalm au Viêt-nam, photographiée par Nick Ut en 1972) donnent le ton et annoncent d’emblée le thème de l’enfance ou, si l’on préfère, celui du sacrifice de l’agneau.

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Il va sans dire que, pour que le fantastique prenne, tout doit paraître vraisemblable. Tout doit être normal. Ce qui est le cas, l’auteur et son chef opérateur, José Luis Alcaine, ayant fait le choix d’un traitement réaliste des scènes.

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Les comédiens, qui ont tout de Monsieur et Madame Tout-le-monde, jouent d’ailleurs un tel jeu. Paradoxalement, rien de noir ne vient enténébrer l’image, diurne, éclatante, solaire, comme pouvait l’être la photographie du film More, tourné, comme sait, quelques années plus tôt, à Ibiza et dont on garde en tête les plans extérieurs. (3)

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Certes, Quién puede matar a un niño ? respecte les codes de la série B et ceux du genre fantastique : le suspense, la montée graduelle de l’angoisse, la violence, suggérée et efficace, mais il garde sa singularité, son style propre, pouvant servir de repère à la fin du franquisme. Ou, si l’on veut, au début d’une nouvelle ère monarchiste.

Nicole Gabriel
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Narciso Ibáñez Serrador, alias Luis Peñafiel (1935-2019).

2. Les Chasses du comte Zaroff (The Most Dangerous Game) de Ernest B. Schoedsack & Irving Pichel (1932). Rosemary’s Baby de Roman Polanski (1968).

3. More de Barbet Schroeder (1969).


Les Révoltés de l’an 2000 (Quién puede matar a un niño ?). Réal, sc : Narciso Ibáñez Serrador, d’après le roman de Juan José Plans ; ph : José Luis Alcaine ; mont : Antonio Ramirez de Loaysa & Juan Serra ; mu : Waldo de los Rios. Int : Lewis Fiander, Prunella Ransome, Antonio Iranzo (Espagne, 1976, 100 mn).



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