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Poissonsexe (2019)
de Olivier Badinet
publié le mercredi 2 septembre 2020

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 2 septembre 2020

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Olivier Badinet tourne, en 2010, son premier long métrage Robert Mitchum est mort, en 2016 il obtient le César du meilleur documentaire pour Swagger, une magnifique rencontre avec les adolescents d’un collège d’Aulnay-sous-bois. Poissonsexe est son troisième long métrage. Dans la même veine originale et attachante, il s’intéresse au sujet très sérieux de la reproduction des poissons, en passe de disparaître des océans. En résulte un scénario insolite et loufoque dans lequel se mêlent, avec un désenchantement parfois comique, observation scientifique et écologique du monde et séquences romantiques au clair de lune.

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Daniel (Gustave Kerven) physicien passionné par son métier, après une séparation douloureuse, désire un enfant et souhaite que ses poissons copulent. Cette situation incongrue suscite une narration surprenante où les poissons, en particulier de méchants piranhas au langage implacable, s’immiscent lentement dans la vie des personnages, jusqu’à devenir leurs partenaires de réflexion.
Tel ce batracien de la famille des salamandres, originaire des lacs Xochimilco et Chalco dans le centre du Mexique, l’axolotl, qui, avec la complicité imaginative et ironique de Lucie (India Hair) est baptisé Nietzsche.
Finalement, la passion de Lucie pour le philosophe se répand dans la station-service où elle travaille avec Éric (Alexis Manenti) qui plonge à son tour dans Ainsi parlait Zarathoustra. La rencontre de Daniel et Lucie sur la plage, la nuit, fait écho au goût du romanesque de Olivier Badinet et de son inclination pour le merveilleux : face à l’impossible, la force de croire sauve de la misère et du malheur.

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Le film est bercé par la lenteur de son rythme narratif, due à une errance de Daniel, en lutte pour sa vie et ses recherches. Souvent abattu, maussade, il promène une désillusion tenace qui le voue à l’immobilisme dans sa vie quotidienne. Il lui faudra un événement, à la fois cocasse et triste, pour qu’il se débarrasse soudain de sa torpeur et choisisse de vivre. Le baiser de la fin suivi d’un ballet de méduses est un hommage aux films de Alain Resnais dans lesquels elles apparaissaient parfois.

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Dans Poissonsexe, l’axolotl, cette étrange bestiole dont la peau aux effets translucides et à la forme corporelle particulière peut évoquer une vague idée sexuelle, est une image métaphorique de la vision cafardeuse du héros.
Olivier Badinet a une nouvelle fois fabriqué un film insolite et décalé où se joignent fantastique et romantisme.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma en ligne directe


Poissonsexe. Réal, sc : Olivier Badinet ; sc : David Elkaïm ; ph : Timo Salminem ; mont : Isabelle Devynck, Sylvie Lager et Albertine Lastera ; mi : Jean-Benoît Dunckel. Int : Gustave Kervern, India Hair, Alexis Manenti, Ellen Dorrit Petersen (France-Belgique, 2019, 88 mn).



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