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Dieu sait quoi (1994)
de Jean-Daniel Pollet
publié le mercredi 9 septembre 2020

par René Prédal
Jeune Cinéma n°245, septembre-octobre 1997

Sorties les mercredis 15 janvier 1997 et 9 septembre 2020

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Film de poésie plutôt que film poétique, regard "pongien" sur les choses plus qu’adaptation directe de textes de Francis Ponge (ce qui constitue le projet initial et dont il reste quelque chose avec la voix off de Michael Lonsdale,) Dieu sait quoi est né d’une relecture du poète en 1990, alors que Jean-Daniel Pollet se remettait lentement à l’hôpital d’un très grave accident (le cinéaste avait été déchiqueté par un train, ce qui explique les images de voie ferrée qui ouvrent le film).

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Installé dans sa maison du Midi, avec une table, une vieille machine à écrire, des cruches et des cafetières émaillées, écaillées, hors d’usage, parfois même seulement à partir de la fenêtre - mais en essayant alors plusieurs cadres et toutes les lumières possibles -, Jean-Daniel Pollet observe en météorologue (la pluie, le soleil, la nuit, les saisons) un champ, de longs murs de pierres, les galets, une bougie, un escargot… épuisant l’énergie de la vision par des dispositifs répétitifs (mouvements circulaires à l’extérieur et pendulaires à l’intérieur) qui structurent Dieu sait quoi en une série de doubles déplacements rythmés par la musique de Antoine Duhamel, enveloppant le "monde muet (qui) est notre seule patrie", comme aussi quelques extraits de Méditerranée, L’Ordre, Bassae et Contretemps. (1)

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Ce retour majestueux aux choses les plus banales par un montage à la fois opaque (parce qu’extrêmement personnel), mais implacablement nécessaire (un équilibre minutieusement calculé qui fonde littéralement un langage cinématographique à nul autre pareil) ne cherche aucune équivalence au travail de Francis Ponge sur les mots, mais traite à sa façon de la "présence réelle" d’un univers qui contient à la fois le poète et le cinéaste.

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Malheureusement - mais il serait ridicule de s’en étonner - Dieu sait quoi est à ce jour une œuvre encore plus confidentielle que La Rencontre de Alain Cavalier et Level Five de Chris Marker. (2)
Pourtant, en l’absence des ciné-clubs d’hier, un nouveau style d’exploitation se met progressivement en place dans les circuits Art & Essai pour faire rencontrer à ces œuvres leur public, contre la démission de la télévision et de la programmation Pathé-Gaumont-UGC. Soyons donc vigilants, l’émotion esthétique reste à notre portée.

René Prédal
Jeune Cinéma n°245, septembre-octobre 1997

1. Méditerranée (cm, 1963) ; Bassae (cm, 1964) ; L’Ordre (cm, 1973) : Contretemps (1990).

2. La Rencontre de Alain Cavalier (1996) ; Level Five de Chris Marker (1996).


Dieu sait quoi. Réal, sc : Jean-Daniel Pollet ; ph : Pascal Poucet ; mont : Françoise Geissler ; mu : Antoine Duhamel (France, 1994, 90 mn). Documentaire.



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